Les excursions au XIXe siècle (2)


Par Paul Foisy
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 25 novembre 2018.


Au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, grâce au développement du réseau ferroviaire, les membres d’associations et d’organismes se déplacent afin de goûter aux joies des activités de plein air. Mais en plus des pique-niques dont le but est de divertir, on organise également des événements qu’on appelait des pique-niques politiques.


Par exemple, le 12 octobre 1881, on organise, à Sorel, un grand pique-nique politique en l’honneur de sir Hector Langevin, ministre des Travaux publics à Ottawa. Les villégiateurs qui prennent part à cette rencontre organisée pour les conservateurs des comtés de Yamaska, Richelieu, Nicolet, Berthier, Trois-Rivières, Saint-Hyacinthe, Rouville, Bagot, Maskinongé et Brome, ont l’opportunité d’entendre plusieurs orateurs dont sir John A. McDonald, premier ministre du Canada, et l’honorable Joseph-Adolphe Chapleau, premier ministre du Québec. Parmi les 7 000 à 8 000 spectateurs présents, plus de 1 200 personnes effectuent le voyage à bord d’un train de 20 wagons provenant des comtés du Sud-Ouest.


Pique-nique politique à Saint-Hyacinthe
Le 16 juin 1887, la communauté de Saint-Hyacinthe est l’hôte d’un grand pique-nique politique en l’honneur du premier ministre Honoré Mercier qui est également député de Saint-Hyacinthe. Pour mémoire, soulignons qu’Honoré Mercier est élu député de la circonscription de Saint-Hyacinthe à l’Assemblée législative en 1881 et 1886. Chef du parti national, une coalition qui regroupe des libéraux et des conservateurs, Mercier occupe le siège de chef de l’opposition au début de 1887. Lorsqu’il devient premier ministre du Québec le 29 janvier, « [s]on siège devint vacant lors de son accession au cabinet et il fut réélu sans opposition à l'élection partielle du 12 février 1887 », nous indique la page consacrée à Honoré Mercier sur le site de l’Assemblée nationale du Québec.


De nos jours, il pourrait sembler normal que des festivités en hommage à un premier ministre se déroulent dans un grand centre qui n’est pas nécessairement lié à la circonscription électorale où il est élu. Cependant, en 1887, c’est une tout autre histoire. Après avoir songé à Montréal et à Mont-Saint-Hilaire, c’est finalement à Saint-Hyacinthe que se tient le pique-nique politique. « La Minerve prétend que la crainte d’un fiasco nous a fait choisir St-Hyacinthe, nous n’avons qu’un mot à répondre à cela : c’est, tout au contraire, la certitude du succès qui nous a fait choisir un point passablement éloigné de Montréal, sachant qu’il y aurait toujours assez de dévouement et de patriotisme chez nos amis pour s’imposer la fatigue d’un déplacement supplémentaire. En dépit de la distance, nous avons voulu rendre justice au comté qui a élu le premier ministre et c’est pourquoi nous avons choisi Saint-Hyacinthe », note La Patrie du 28 mai 1887.


Pour cette occasion spéciale, des trains de la compagnie ferroviaire Grand Tronc proviennent de Montréal, de Québec et de Trois-Rivières. La compagnie de la South Eastern n’est pas en reste puisque des trains partent de Sorel, Waterloo et de Stanbridge et prennent la direction de Saint-Hyacinthe.


L’événement se déroule par une journée maussade et pluvieuse. Néanmoins, une foule estimée à 5 000 personnes est présente pour « être témoin de la démonstration qui était faite à l’honorable M. Mercier », indique un compte-rendu publié le lendemain dans Le Journal de Québec. La pluie persistante fait en sorte que l’hommage doit se poursuivre à l’intérieur, au Pavillon des patineurs. Le maire Georges-Casimir Dessaulles lit alors l’adresse de félicitations de la Ville de Saint-Hyacinthe envers Honoré Mercier. Tous les ministres et environ 25 députés assistent également à la journée.


Si le discours prononcé par Mercier soulève l’enthousiasme du rédacteur du journal L’Électeur qui affirme qu’il « a parlé en véritable homme d’état, et s’est montré de nouveau digne de commander au grand parti national, qui appelle à lui tous les citoyens qui veulent le bien du pays », la réaction du journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 18 juin 1887 est tout autre : « malgré les effets des clairons et tambours, on s’attendait à mieux et l’influence d’une telle démonstration sur le peuple sera nulle ou à peu près. […] [i] l n’y a eu que des paroles banales et sans suite, et des flatteries à l’adresse du premier-Ministre. […] Il y avait beaucoup d’étrangers de Montréal et de Québec, environ 1 500, mais chose assez extraordinaire, le patinoir où se sont fait les discours n’était pas rempli, il y avait du vide. »


Photo:
Honoré Mercier avocat à Saint-Hyacinthe de 1865 à 1881, photographié par Joseph-Jean-Elzéar Sauvageau en 1873. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH001.


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Cet article est le deuxième de série de trois.


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