Pour plusieurs, Anne-Marie Matte Desrosiers est l’inventrice de la peinture à l’aiguille. Il s’agit en fait d’un art français datant du XVe siècle, assez peu pratiqué au XXe siècle, qu’elle a grandement contribué à faire revivre.
Anne-Marie Matte nait à Saint-Basile, comté de Port-Neuf, en 1907. Elle est la fille de Gédéon Matte, marchand-sellier et d’Éva Collette. Lors de ses études au couvent Saint-Roch à Québec auprès des Dames de la Congrégation, elle apprend le dessin, le pastel et la peinture à l’huile. Un jour d’hiver où elle s’ennuie, elle s’amuse à broder un dessin que sa sœur vient de terminer. C’est la révélation! Elle a trouvé son médium de prédilection!
Elle se met dès lors à réinterpréter des tableaux des grands maitres de la peinture en les brodant avec des fils de soie de couleur sur une toile tissée. Elle aime particulièrement les œuvres de Cornelius Kriegoff qui mettent en relief les traditions et les mœurs canadiennes-françaises, comme on disait à l’époque. Bientôt, elle fait de même pour des compositions personnelles montrant des paysages de sa région et des personnages typiques de sa communauté.

Elle obtient bientôt une grande renommée qui s’étend bien au-delà de sa région natale. En 1933, Cyrille Delage, surintendant du Département de l’Instruction Publique découvre l’une de ses œuvres dans une galerie de Québec. Immédiatement séduit par le grand talent de la jeune artiste, il lui ouvre plusieurs portes. Dès la fin des années 1930, elle participe à nombre d’expositions un peu partout dans la province. Le peintre canadien Horatio Walker (1858-1938) a beaucoup aimé les œuvres d’Anne-Marie Matte inspirées de ses tableaux. Il a, lui aussi, contribué à mousser sa notoriété. En 1939, son art fait grand bruit lorsqu’elle participe à une vaste exposition artisanale organisée sur l’Ile Sainte-Hélène par Léon Trépanier. En 1940, elle a déjà une clientèle outre-mer et ses œuvres se vendent tant en France qu’en Angleterre.
En 1942, elle s’installe à Saint-Hyacinthe après avoir épousé le commerçant maskoutain J.-D. Desrosiers. Elle poursuit son impressionnante production, ses œuvres étant offertes à plusieurs illustres visiteurs étrangers. Par exemple, lors du passage de la princesse Élisabeth à Saint-Hyacinthe en 1951, on offre à la future souveraine une reproduction à l’aiguille de la Porte des Maires, monument emblématique de la ville. C’est également en 1951 que l’épouse du premier ministre canadien Louis Saint-Laurent choisit une toile de la Maskoutaine d’adoption pour offrir au couple présidentiel français, M. et Mme Vincent Auriol!

Les premiers ministres québécois Adélard Godbout, Maurice Duplessis, Jean Lesage et Daniel Johnson ont tous reçu en cadeau un tableau d’Anne-Marie Matte. En 1967, lors de l’Expo 67, on réquisitionna tous les tableaux dont disposait l’artiste pour les offrir aux ambassadeurs des différents pays participant à l’événement. Parmi les illustres propriétaires d’une œuvre d’Anne-Marie Matte, nommons la princesse Grace de Monaco, Madame Eleanor Roosevelt, le roi Léopold de Belgique, Indira Ghandi…
En 1952, elle reçoit une médaille d’or de la Province de Québec et une autre de Washington, la désignant comme une artiste internationale.
Anne-Marie est décédée à Montréal le 15 octobre 1977. Au début des années 1990, la Ville de Saint-Hyacinthe se porte acquéreur d’une parcelle de terrain adjacente à la résidence des Desrosiers sur la rue Saint-Pierre à La Providence. On donna à ce petit parc le nom d’Anne-Marie Matte Desrosiers, perpétuant ainsi le souvenir de celle qui fut surnommée « la dame à l’aiguille »!
Par: Martin Ostiguy