Cécile-Éna Bouchard: une vie au service du pays et des arts

Née à Saint-Hyacinthe le 15 mars 1906, Cécile-Éna Bouchard est la fille de Télesphore-Damien Bouchard et de Blanche-Corona Cusson. Son père deviendra l’une des personnalités politiques les plus en vue de Saint-Hyacinthe. Il sera maire de la Ville pendant près d’un quart de siècle, en plus d’être député provincial du comté, puis sénateur. Dans les cabinets de Louis-Alexandre Taschereau et Adélard Godbout, il obtiendra plusieurs ministères d’importance. Il est également propriétaire du journal le Clairon de Saint-Hyacinthe, l’organe libéral de la ville.

Cécile-Éna est la seule enfant de T.-D. à avoir atteint l’âge adulte. Elle fait ses études au Couvent de Lorette à Saint-Hyacinthe, puis au Trafalgar Institute de Montréal. Elle débute ensuite une carrière de journaliste principalement au Clairon où elle signe la page féminine sous le pseudonyme de Bianca. Elle accompagne son père dans ses congrès et voyages d’affaire un peu partout dans le monde, ce qui développe chez elle le goût de l’aventure.

Cécile-Éna Bouchard vers 1920. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH123 Cécile-Éna Bouchard.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, elle s’occupe de la section des auxiliaires féminines de Saint-Hyacinthe (W.V.R.C.), de même que de la succursale maskoutaine de la Croix-Rouge. En janvier 1941, elle entre dans la section féminine de l’Armée canadienne. D’abord attachée à la Défense nationale à Ottawa, avec un grade de capitaine, elle fait du service en Angleterre en 1943. L’année suivante, de retour au pays, elle est promue officier d’État-Major. Le 15 mars 1945, elle est décorée Membre de l’Ordre de l’Empire Britannique par le roi George VI.

Après sa démobilisation, elle demeure commentateur au poste CJAD. Elle y anime la rubrique « Personnalities in the News » jusqu’en 1947. Durant plusieurs années, elle donne des conférences un peu partout au Canada où elle raconte son expérience dans l’armée. Elle fait partie du prestigieux Women’s Canadian Club ainsi que de l’Alliance française.

Cécile-Éna en costume traditionnel espagnol. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH123 Cécile-Éna Bouchard.

Grande amoureuse des arts, particulièrement de la musique, Cécile-Éna sera une grande mécène. Membre de la Société des Concerts symphoniques, elle encourage autant qu’elle peut tout mouvement dans le domaine musical ou théâtral. Entourée d’amis, elle a une vie mondaine fort occupée, assistant à toutes les premières, participant à de nombreuses inaugurations officielles. Étant donné sa notoriété, on lui demande souvent d’animer des soirées. Ce sera même elle qui donnera le signal du départ lors du marathon de Saint-Hyacinthe pendant plusieurs années.

Sa relation avec son père est plutôt difficile. Autant elle admire le personnage impressionnant qu’est Télesphore-Damien Bouchard, autant elle craint son caractère souvent bouillant. Respectueuse à son endroit, elle demeurera avec lui jusqu’au décès du sénateur en 1962. Si elle se plie à ce qu’elle croit être son devoir, elle confiera plus tard que vivre avec le sénateur n’a pas été facile, Bouchard n’étant pas un personnage agréable au quotidien, surtout pour ses proches.

Cécile-Éna Bouchard, 1946. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH123 Cécile-Éna Bouchard.

Cécile-Éna aura une bien meilleure relation avec sa mère, Blanche-Corona Cusson. Les deux femmes s’entendent très bien et sont les principales confidentes l’une de l’autre. Malheureusement, Blanche-Corona meurt assez jeune, en 1934, d’une maladie fulgurante. De sa mère, Cécile-Éna héritera, entre autres, de sa grande passion pour les chiens. Toute sa vie, elle sera entourée de plusieurs compagnons à quatre pattes, surtout des Pékinois!

Grande amie de l’auteur Claude-Henri Grignon, elle loue puis lui achète une maison de villégiature à Sainte-Adèle où elle passera l’essentiel de ses vieux jours. Elle meurt à Montréal le 18 juin 1987 et est inhumée au cimetière Notre-Dame à Saint-Hyacinthe.

Par: Martin Ostiguy

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