Née le 5 mars 1909 à Saint-Hyacinthe, Germaine Bernier est considérée aujourd’hui comme une des premières femmes scientifiques à avoir laissé sa marque au Québec. Spécialisée en sciences naturelles, elle est également reconnue pour ses talents de peintre animalière et naturaliste. En 1941, le célèbre peintre Clarence Gagnon se dit très impressionné par son immense talent de dessinatrice et de coloriste, particulièrement dans le domaine de l’ichtyologie (étude des poissons).
Germaine est la fille d’Arthur Bernier, employé de Casavant Frères et d’Albertine Renaud. Elle fait ses études chez les Sœurs de la Présentation de Marie. En 1925, elle obtient un brevet supérieur de l’école normale de Saint-Hyacinthe. Après un stage à l’Institut pédagogique de Montréal, elle est de retour à l’école normale de Saint-Hyacinthe où elle décroche un brevet complémentaire en sciences. En 1930, elle obtient un brevet en phonétique et élocution. Possédant un talent naturel pour le dessin, elle le parfait en suivant des cours du soir à l’École des Beaux-Arts de Montréal pour lesquels elle se mérite le deuxième prix. Elle obtient plusieurs certificats de l’Université de Montréal entre 1931 et 1935 (botanique générale, botanique systématique, biologie, entomologie, ichtyologie et embryologie humaine). Elle étudiera également au laboratoire de biologie marine à Woods Hole au Massachusetts. Tout au long de ses études, elle recevra des médailles et des prix, toujours avec la mention Grande distinction.

Assez rapidement, elle combine ses deux passions, développant une expertise en dessins anatomiques animaliers. Durant l’été 1936, elle sera l’assistante de Vadim Dimitri Vladykov, considéré comme le fondateur de l’ichtyologie moderne au Canada. Par la suite, elle travaille dans plusieurs laboratoires et stations de pisciculture tant au Québec qu’aux États-Unis. Par exemple, entre 1946 et 1947, elle effectue des recherches approfondies sur le saumon à New Richmond et à Grande-Rivière, en Gaspésie.
Elle débute sa vie professionnelle à l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal comme dessinatrice, technicienne, conservatrice de la collection de diapositives et correctrice d’épreuves. À l’Institut, elle côtoie les botanistes réputés Conrad Kirouac (mieux connu sous le nom de frère Marie-Victorin) et Henri Prat de même que le biologiste Georges Préfontaine. À partir de 1935, toujours à l’Université de Montréal, elle est démonstratrice aux travaux pratiques, chargée de cours, puis professeur de dessin biologique et de biologie. En 1948, elle décide toutefois de mettre fin à sa carrière d’enseignante lorsqu’elle réalise qu’elle reçoit un salaire bien inférieur à celui de ses collègues masculins.

En décembre 1949, elle épouse Rolland Boulanger, critique d’art qui deviendra directeur des arts plastiques au Musée du Québec dans les années 1960. Après avoir décidé de quitter l’enseignement, Germaine poursuit sa carrière d’illustratrice de revues scientifiques. En plus de collaborer à de nombreux périodiques, elle illustre des brochures gouvernementales sur la pêche au Québec. En 1936, elle fait la rencontre du naturaliste Claude Melançon qui lui demande d’illustrer son ouvrage Les poissons de nos eaux. En 1950, elle collabore de nouveau avec lui lorsqu’elle fait les dessins pour son ouvrage Inconnus et méconnus : amphibiens et reptiles de la province de Québec. Le maskoutain Harry Bernard, mieux connu comme ayant été le directeur du journal Le Courrier pendant plus de cinquante ans, a également écrit des ouvrages d’histoire naturelle pour les enfants. Germaine Bernier illustre trois de ces publications : Le petit arboriste, Le petit fleuriste et Le petit jardinier.
Germaine Bernier est la tante paternelle de l’artiste maskoutain Jacques Bernier. Ce dernier appréciait beaucoup cette tante artiste chez qui il est demeuré durant ses études à l’Université de Montréal au milieu des années 1960. Germaine est décédée à Montréal le 24 avril 1989.
Par: Martin Ostiguy