{"id":3034,"date":"2023-12-07T11:38:48","date_gmt":"2023-12-07T16:38:48","guid":{"rendered":"https:\/\/histoiredemaska.com\/?post_type=histoire&#038;p=3034"},"modified":"2023-12-07T11:38:48","modified_gmt":"2023-12-07T16:38:48","slug":"en-avant-un-journal-dopposition-1937-1939","status":"publish","type":"histoire","link":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/histoire\/en-avant-un-journal-dopposition-1937-1939\/","title":{"rendered":"En avant!: Un journal d&#8217;opposition (1937-1939)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Article paru dans\u00a0<em>Le Courrier de Saint-Hyacinthe<\/em> le 5 ao\u00fbt 2021<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cat\u00e9gorie:\u00a0<\/strong>Journaux<\/p>\n<p><strong>Sous-cat\u00e9gorie: <\/strong>Politique<\/p>\n<p><strong>Auteur:\u00a0<\/strong>Martin Ostiguy<\/p>\n<p>Le matin du 18 ao\u00fbt 1936, le Qu\u00e9bec se r\u00e9veille avec un gouvernement qui n\u2019est pas lib\u00e9ral pour la premi\u00e8re fois depuis pr\u00e8s de 40 ans. Qui plus est, c\u2019est l\u2019Union Nationale, un parti flambant neuf, qui prend le pouvoir avec une \u00e9crasante majorit\u00e9, remportant 76 des 90 si\u00e8ges que compte l\u2019Assembl\u00e9e Nationale \u00e0 cette \u00e9poque. Lors des \u00e9lections pr\u00e9c\u00e9dentes en novembre 1935, Maurice Duplessis, chef du Parti Conservateur de la province propose une alliance avec Paul Gouin, chef de l\u2019Action Lib\u00e9rale Nationale (ALN), une faction de lib\u00e9raux m\u00e9contents de la fa\u00e7on dont leur parti g\u00e9ra la crise \u00e9conomique. Face \u00e0 cette coalition, le parti lib\u00e9ral remporte le scrutin de justesse. Pour l\u2019\u00e9lection de 1936, rendue n\u00e9cessaire par la d\u00e9mission du premier ministre Taschereau, Gouin est r\u00e9ticent \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter pareille alliance mais Duplessis parvient \u00e0 se d\u00e9faire de sa pr\u00e9sence encombrante et les membres de l\u2019ALN fusionnent avec les conservateurs. Le 20 juin est fond\u00e9e l\u2019Union Nationale, qui gouvernera la province \u00e0 peine deux mois plus tard.<\/p>\n<p>Pour les Lib\u00e9raux, il s\u2019agit d\u2019un grand choc, on le devine bien. Il y a longtemps qu\u2019ils n\u2019avaient connu pareille d\u00e9faite, et ils n\u2019ont qu\u2019une id\u00e9e en t\u00eate\u00a0: reprendre le pouvoir d\u00e8s la prochaine l\u00e9gislature. Leur chef, Ad\u00e9lard Godbout a perdu dans son comt\u00e9 de L\u2019Islet et c\u2019est le d\u00e9put\u00e9 de Saint-Hyacinthe, T\u00e9lesphore-Damien Bouchard qui devient chef de l\u2019opposition en chambre. Bouchard est un lib\u00e9ral \u2018rouge fonc\u00e9\u2019, comme on disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il est reconnu pour ses prises de position tr\u00e8s progressistes. Il pr\u00f4ne, entre autres, l\u2019\u00e9ducation obligatoire et gratuite, la nationalisation de l\u2019hydro-\u00e9lectricit\u00e9, la taxation municipale des institutions religieuses, le vote des femmes. Il est \u00e9galement un anticl\u00e9rical notoire, pr\u00f4nant avec force la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat dans l\u2019administration publique. Il est d\u00e9put\u00e9 de Saint-Hyacinthe, d\u2019abord de 1912 \u00e0 1919 puis de 1923 \u00e0 1944.<\/p>\n<p>Bouchard est convaincu que le gouvernement de Maurice Duplessis repr\u00e9sente une grande menace pour ses id\u00e9es avant-gardistes. Il croit que chaque action de l\u2019Union Nationale au pouvoir doit \u00eatre critiqu\u00e9e et d\u00e9mont\u00e9e au fur et \u00e0 mesure. Pour ce journaliste, seule une publication r\u00e9solument lib\u00e9rale peut l\u2019aider \u00e0 parvenir \u00e0 ses fins. Depuis 1903, il est le propri\u00e9taire du journal L\u2019Union, l\u2019organe officiel des lib\u00e9raux \u00e0 Saint-Hyacinthe dont il changera le nom pour le Clairon de Saint-Hyacinthe en 1912. Principal concurrent du Courrier de Saint-Hyacinthe, le Clairon est un journal qui fait la part belle aux nouvelles r\u00e9gionales. Certes, Bouchard profite de cette tribune pour propager ses id\u00e9es, mais apr\u00e8s la d\u00e9faite magistrale de 1936, il a besoin d\u2019un outil davantage politique et de port\u00e9e moins locale. C\u2019est alors qu\u2019il a l\u2019id\u00e9e de fonder un nouveau journal de 4 pages (le Clairon en comptait 8) qu\u2019il baptise\u00a0<i>En avant!<\/i>\u00a0Il le d\u00e9crit lui-m\u00eame comme un p\u00e9riodique de combat canadien-fran\u00e7ais, politique et litt\u00e9raire.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3035\" aria-describedby=\"caption-attachment-3035\" style=\"width: 681px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3035\" src=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/TD-logo-300x188.jpg\" alt=\"T.D. Bouchard\" width=\"681\" height=\"426\" srcset=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/TD-logo-300x188.jpg 300w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/TD-logo-768x480.jpg 768w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/TD-logo-600x375.jpg 600w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/TD-logo.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3035\" class=\"wp-caption-text\">T.D. Bouchard \u00e0 son bureau, 1936. Centre d&#8217;histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH354 T\u00e9lesphore-Damien Bouchard.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Imprim\u00e9 \u00e0 Saint-Hyacinthe,\u00a0<i>En Avant!<\/i>\u00a0est distribu\u00e9 \u00e9galement \u00e0 Montr\u00e9al et \u00e0 Qu\u00e9bec. Bien que Bouchard ne s\u2019emp\u00eache pas de citer assez souvent en exemple sa ville et son comt\u00e9, il s\u2019efforce d\u2019embrasser des enjeux qui touchent chacune des r\u00e9gions de la province. Il s\u2019agit d\u2019un journal hebdomadaire paraissant le vendredi. Le premier num\u00e9ro est publi\u00e9 le 15 janvier 1937. D\u2019entr\u00e9e de jeu, le propri\u00e9taire du journal promet que cette nouvelle publication d\u00e9fendra les opinions profess\u00e9es par les partis lib\u00e9raux, tant au f\u00e9d\u00e9ral qu\u2019au provincial. Il termine son premier \u00e9ditorial par l\u2019appel suivant\u00a0:<\/p>\n<p><strong>EN AVANT!<\/strong>\u00a0pour la d\u00e9fense de nos id\u00e9es!<\/p>\n<p><strong>EN AVANT!<\/strong>\u00a0pour la conqu\u00eate du terrain que nous avons perdu dans la province!<\/p>\n<p><strong>EN AVANT!<\/strong>\u00a0et sus \u00e0 nos adversaires!<\/p>\n<p>Lorsque parait le premier num\u00e9ro du journal\u00a0<i>En Avant!<\/i>, T\u00e9lesphore-Damien Bouchard, propri\u00e9taire et r\u00e9dacteur, promet que son journal ne sera pas que politique ; il sera \u00e9galement litt\u00e9raire. Il entend donner une voix, comme il le dit lui-m\u00eame aux \u2018jeunes talents de la province poss\u00e9dant une plume alerte mais une mentalit\u00e9 un peu plus prime-sauti\u00e8re que celle g\u00e9n\u00e9ralement accueillie par nos feuilles actuelles\u2019. Il demande \u00e0 Valdombre, le c\u00e9l\u00e8bre pol\u00e9miste et pamphl\u00e9taire, de diriger la portion litt\u00e9raire du journal, intitul\u00e9e\u00a0<i>La vie de l\u2019esprit<\/i>. Valdombre est en fait le pseudonyme de Claude-Henri Grignon, auteur qui a d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque son grand succ\u00e8s, le roman\u00a0<i>Un homme et son p\u00e9ch\u00e9<\/i>. Valdombre fait d\u00e9couvrir aux lecteurs du journal plusieurs nouvelles \u0153uvres qui deviendront des classiques de notre litt\u00e9rature. Par exemple, c\u2019est dans l\u2019\u00e9dition du 26 mars 1937 d\u2019<i>En Avant!<\/i>\u00a0qu\u2019il est question pour la premi\u00e8re fois de\u00a0<i>Regards et jeux dans l\u2019espace<\/i>, de Saint-Denys Garneau, une \u0153uvre majeure et avant-gardiste de notre po\u00e9sie nationale. Mentionnons \u00e9galement les parutions, durant cette p\u00e9riode, de\u00a0<i>Trente Arpents<\/i>\u00a0de Ringuet, des\u00a0<i>Engag\u00e9s du Grand Portage<\/i>\u00a0de L\u00e9o-Paul Desrosiers et surtout de\u00a0<i>Menaud, maitre-draveur<\/i>\u00a0de F\u00e9lix-Antoine Savard que Valdombre consid\u00e8re comme \u2018le plus grand chef d\u2019\u0153uvre de notre litt\u00e9rature\u2019.<\/p>\n<p>La plupart des collaborateurs du journal signent leurs papiers par un pseudonyme. C\u2019est ainsi que la chronique f\u00e9minine intitul\u00e9e\u00a0<i>Carnet d\u2019une jeune maskoutaine<\/i>\u00a0est sign\u00e9e Bianca. Il s&#8217;agit en fait du pseudonyme de la fille de Bouchard, C\u00e9cile-\u00c9na. Bianca fait profiter les lecteurs de ses nombreux voyages. Elle visitera, entre autres, l\u2019Universit\u00e9 Howard \u00e0 Washington, une \u00e9cole qui forme \u00e0 la m\u00e9decine des femmes et des noirs, fait tr\u00e8s rare \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Les nombreuses caricatures du gouvernement Duplessis, dans lesquelles le \u2018cheuf\u2019 est toujours repr\u00e9sent\u00e9 comme un cosaque enrag\u00e9 arm\u00e9 d\u2019un knout mena\u00e7ant, sont sign\u00e9es Carr Hack. Signalons aussi la pr\u00e9sence r\u00e9guli\u00e8re de Martial Ducrochet, de Lector ou encore du Convive Distrait.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3036\" aria-describedby=\"caption-attachment-3036\" style=\"width: 515px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-3036\" src=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Godbout-logo-235x300.jpg\" alt=\"Th\u00e9ophile-Ad\u00e9lard Fontaine et Ad\u00e9lard Godbout\" width=\"515\" height=\"658\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3036\" class=\"wp-caption-text\">Th\u00e9ophile-Ad\u00e9lard Fontaine, d\u00e9put\u00e9 lib\u00e9ral f\u00e9d\u00e9ral de Saint-Hyacinthe et Ad\u00e9lard Godbout, chef de l&#8217;opposition officielle au provincial, 1937. Centre d&#8217;histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH085 Studio B.J. H\u00e9bert, photographe.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Il demeure toutefois, qu\u2019<i>En Avant!\u00a0<\/i>est principalement un journal politique. Les discours prononc\u00e9s par Bouchard \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e l\u00e9gislative y sont souvent reproduits int\u00e9gralement. On s\u2019attaque f\u00e9rocement \u00e0 chacune des actions du gouvernement unioniste. On reproche \u00e0 Duplessis toutes ses promesses viol\u00e9es, son obsession du communisme et surtout sa loi du cadenas qui fut particuli\u00e8rement d\u00e9test\u00e9e par ses opposants politiques.\u00a0<i>En Avant!<\/i>\u00a0compare fr\u00e9quemment Duplessis aux dictateurs fascistes europ\u00e9ens, Hitler et Mussolini. Bouchard aime bien aussi associer le premier ministre \u00e0 Adrien Arcand, le chantre de l\u2019extr\u00eame-droite dans la province.<\/p>\n<p>L\u2019objectif principal du journal \u00e9tait de d\u00e9finir n\u00e9gativement, dans l\u2019esprit des lecteurs, le premier gouvernement unioniste de l\u2019histoire du Qu\u00e9bec. On parle sans cesse de patronage, de duperies, de scandales. On laisse constamment entendre que Duplessis gouverne dans le non-respect des r\u00e8glements. \u00c9videmment, on se d\u00e9lecte des nombreuses embuches qui frappent l\u2019administration, par exemple, les d\u00e9missions de deux d\u00e9put\u00e9s tr\u00e8s en vue, Oscar Drouin et Philippe Hamel, anciens membres de l\u2019Action Lib\u00e9rale Nationale qui se sentent trahis par Duplessis. Bref, pour\u00a0<i>En Avant!<\/i>, le r\u00e9gime duplessiste est clairement le r\u00e9gime de l\u2019incomp\u00e9tence.<\/p>\n<p>En septembre 1939, le premier ministre veut profiter du d\u00e9bat sur la conscription qui fait rage dans la province et il d\u00e9clenche des \u00e9lections h\u00e2tives. Accus\u00e9 d\u2019avoir provoqu\u00e9 un d\u00e9ficit monstre, il esp\u00e8re pouvoir convaincre les \u00e9lecteurs effray\u00e9s par la guerre, de voter pour lui. Son pari \u00e9choue et le parti lib\u00e9ral d\u2019Ad\u00e9lard Godbout est massivement \u00e9lu. Durant la campagne \u00e9lectorale,\u00a0<i>En Avant!<\/i>\u00a0est pass\u00e9 de 4 \u00e0 8 pages. Bouchard est convaincu que son journal a contribu\u00e9 \u00e0 la victoire de son parti.<\/p>\n<p><i>En Avant!<\/i>\u00a0\u00e9tant un journal d\u2019opposition, il ne survit pas \u00e0 la d\u00e9faite de Duplessis. Le dernier num\u00e9ro est imprim\u00e9 le 8 d\u00e9cembre 1939.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":3035,"template":"","auteur":[56],"categorie-dhistoire":[79],"class_list":["post-3034","histoire","type-histoire","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","auteur-martin-ostiguy","categorie-dhistoire-journaux"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/3034","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/histoire"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/3034\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3038,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/3034\/revisions\/3038"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3035"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3034"}],"wp:term":[{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=3034"},{"taxonomy":"categorie-dhistoire","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categorie-dhistoire?post=3034"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}