{"id":3077,"date":"2023-12-11T09:41:29","date_gmt":"2023-12-11T14:41:29","guid":{"rendered":"https:\/\/histoiredemaska.com\/?post_type=histoire&#038;p=3077"},"modified":"2023-12-11T09:42:52","modified_gmt":"2023-12-11T14:42:52","slug":"le-dr-jose-maria-rosell-bacteriologiste","status":"publish","type":"histoire","link":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/histoire\/le-dr-jose-maria-rosell-bacteriologiste\/","title":{"rendered":"Le Dr. Jos\u00e9-Maria Rosell, bact\u00e9riologiste"},"content":{"rendered":"<p><strong>Article paru dans <em>Le Courrier de Saint-Hyacinthe<\/em> les 5 et 12 avril 1989\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cat\u00e9gorie:\u00a0<\/strong>Agriculture<\/p>\n<p><strong>Sous-cat\u00e9gorie:\u00a0<\/strong>m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire<\/p>\n<p><strong>Auteur:\u00a0<\/strong>Raoul Bergeron<\/p>\n<p>Un hasard qui veille sur nos rencontres nous fait parfois c\u00f4toyer de ces personnages de qualit\u00e9 tout \u00e0 fait exceptionnelle dont nous ne r\u00e9alisons qu\u2019apr\u00e8s coup toute la valeur. Tel fut probablement le cas pour plusieurs de nos concitoyens qui eurent \u00e0 rencontrer le docteur Jos\u00e9-Maria Rosell, qui habita notre ville de 1934 \u00e0 1939. \u00c0 part ceux et celles qui eurent \u00e0 travailler avec lui ou pr\u00e8s de lui, peu furent \u00e0 m\u00eame de se rendre compte de l\u2019envergure de cet \u00e9minent m\u00e9decin et chirurgien espagnol de r\u00e9putation mondiale, sp\u00e9cialis\u00e9 en bact\u00e9riologie et en maladies des voies digestives.<\/p>\n<p>Dipl\u00f4m\u00e9 en m\u00e9decine de l&#8217;Universit\u00e9 de Barcelone, il l\u2019\u00e9tait aussi des universit\u00e9s allemandes de Berlin, de Griefswall et de Wurtseburg. Il enseigna \u00e0 l\u2019H\u00f4pital imp\u00e9rial de Hambourg et \u00e0 l\u2019Institut polyclinique de Berlin.<\/p>\n<p>\u00c9crivain scientifique et prolifique, il publia en trois volumes totalisant plus de 2 000 pages les r\u00e9sultats de ses recherches en microbiologie, en chimie et en technologie du lait et des produits laitiers. Il fit \u00e9galement des recherches exhaustives sur la mammite, infection tr\u00e8s grave et qui avait des cons\u00e9quences s\u00e9rieuses sur la sant\u00e9 humaine. Cette maladie affecta un tr\u00e8s grand nombre de nos troupeaux laitiers.<\/p>\n<p>Ses d\u00e9couvertes et la mise au point de vaccins qu&#8217;il inventa contribu\u00e8rent \u00e0 enrayer ce fl\u00e9au avant qu&#8217;il ne f\u00fbt compl\u00e8tement \u00e9limin\u00e9 par l\u2019emploi nouveau des antibiotiques.<\/p>\n<p>L\u2019Acad\u00e9mie de m\u00e9decine de Paris lui d\u00e9cerna en 1930 le prestigieux prix Blondet pour reconna\u00eetre sa grande contribution dans son domaine de sp\u00e9cialisation et pour la publication de ses nombreux travaux de recherches. La liste de ses ouvrages est impressionnante et elle serait trop longue \u00e0 \u00e9num\u00e9rer dans le cadre plut\u00f4t restreint du pr\u00e9sent article. L\u2019\u00c9cole de m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire d&#8217;Oka a eu la main heureuse, en 1929, de pouvoir l\u2019adjoindre \u00e0 son corps professoral comme professeur en bact\u00e9riologie. Il dispensa \u00e9galement des cours dans la m\u00eame discipline aux \u00e9tudiants en agriculture \u00e0 l\u2019Institut du m\u00eame endroit.<\/p>\n<p>Lors d\u2019une conf\u00e9rence qu&#8217;il pronon\u00e7a \u00e0 Qu\u00e9bec, en 1932, le premier ministre de l&#8217;\u00e9poque, l\u2019honorable Louis-Alexandre Taschereau, fut tellement impressionn\u00e9 par l\u2019expos\u00e9 du savant conf\u00e9rencier, expos\u00e9 qui portait sp\u00e9cialement sur les produits laitiers et les nombreux d\u00e9bouch\u00e9s qu&#8217;il \u00e9tait possible d\u2019envisager pour cette industrie, qu&#8217;il lui proposa de s\u2019installer en permanence au Qu\u00e9bec. Le premier ministre alla m\u00eame jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;assurer de toute l\u2019aide gouvernementale requise \u00e0 la poursuite de ses travaux.<\/p>\n<p>Le 10 f\u00e9vrier 1933, le docteur Louis-Philippe Roy, chef des Services au minist\u00e8re provincial de l\u2019Agriculture, qui devint par la suite directeur de notre \u00c9cole de Laiterie et sous-ministre de l\u2019Agriculture, \u00e9crivait \u00e0 M. Elie Bourbeau afin de s\u2019enqu\u00e9rir s\u2019il n\u2019y aurait pas possibilit\u00e9 pour l\u2019institution locale de collaborer avec le docteur Rosell afin que les activit\u00e9s poursuivies par ce dernier puissent s&#8217;int\u00e9grer avec celles de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>La demande fut re\u00e7ue favorablement puisque nous trouvons le docteur Rosell \u00e0 Saint-Hyacinthe au d\u00e9but de la saison des cours, en 1934. Sa pr\u00e9sence chez nous, qui dura cinq ans, \u00e9tait ponctu\u00e9e d\u2019absences fr\u00e9quentes et parfois prolong\u00e9es, sollicit\u00e9 qu&#8217;il \u00e9tait par ses nombreux travaux de recherches \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, et pour des conf\u00e9rences qu&#8217;il \u00e9tait appel\u00e9 \u00e0 donner un peu partout au Canada et aux \u00c9tats-Unis. L&#8217;action du docteur Rosell, ici, fut on ne peut plus stimulante; elle suscita un int\u00e9r\u00eat et des initiatives dont on ne saurait trop estimer l\u2019\u00e9tendue.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3078\" aria-describedby=\"caption-attachment-3078\" style=\"width: 587px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3078\" src=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/rosell-logo-300x188.jpg\" alt=\"Jos\u00e9-Maria Rosell\" width=\"587\" height=\"368\" srcset=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/rosell-logo-300x188.jpg 300w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/rosell-logo-768x480.jpg 768w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/rosell-logo-600x375.jpg 600w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/rosell-logo.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 587px) 100vw, 587px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3078\" class=\"wp-caption-text\">Le Dr Rosell (\u00e0 gauche) dans un laboratoire \u00e0 Henryville, 1937. Centre d&#8217;histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH376 Georges B\u00e9langer.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Nous devons au Dr Rosell ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019Institut qui porte son nom, maintenant int\u00e9gr\u00e9 aux Laboratoires Rougier de Chambly, les cultures servant \u00e0 la fabrication du yogourt que nous avons r\u00e9guli\u00e8rement sur nos tables aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 lui, nous fabriquons au Qu\u00e9bec les fromages fins de types europ\u00e9ens. L\u2019un de ses disciples, le professeur Georges B\u00e9langer, maintenant (en 1989) pr\u00eatre de la congr\u00e9gation des Trinitaires, \u00e0 Granby, et autrefois de Saint-Hyacinthe, fut sans contredit le ma\u00eetre incontest\u00e9 de l\u2019enseignement fromager au Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que nous pouvons fabriquer chez nous ces fromages de type Roquefort, Gruy\u00e8re et Gouda, que nous devions, avant la derni\u00e8re guerre, faire venir de Suisse et de Hollande. M. Robert Dumais, qui fut le dernier directeur de l\u2019\u00c9cole de laiterie avant que cette derni\u00e8re fasse partie de l\u2019Institut de technologie agricole, en 1963 (il en devint le premier directeur), n\u2019a pas connu personnellement le Dr Rosell, mais il a pu m\u2019en faire le portrait par les nombreux t\u00e9moignages d\u2019ex-coll\u00e8gues et professeurs de l\u2019\u00c9cole qui l\u2019avaient tr\u00e8s bien connu.<\/p>\n<p>Aussi, quelques personnalit\u00e9s de notre ville que j\u2019ai eu le privil\u00e8ge de rencontrer ces derniers temps et qui se souviennent de lui, entre autres, l\u2019auteur et \u00e9crivain Jeanne D\u2019Aigle, qui a fait la classe aux deux demoiselles Rosell; un de mes excellents voisins, l\u2019agronome Louis-Nazaire Saint-Pierre, maintenant retrait\u00e9, autrefois directeur du Centre d\u2019ins\u00e9mination artificielle du Qu\u00e9bec, dont le bureau, pour un temps, voisinait celui du Dr Rosell \u00e0 l\u2019\u00c9cole de Laiterie, de m\u00eame que Mgr Louis de Gonzague Langevin, \u00e9v\u00eaque de notre dioc\u00e8se et ami du jeune Joseph Rosell et de sa famille alors qu\u2019elle habitait Oka.<\/p>\n<p>Les t\u00e9moignages concordants de toutes ces personnes laissent entrevoir de l\u2019homme une personnalit\u00e9 attachante, \u00e0 la fois complexe et originale, cela dit sans intention p\u00e9jorative, mais aussi tr\u00e8s humaine et \u00e9minemment sympathique.<br \/>\nAu physique plut\u00f4t petit, mais d\u2019une vitalit\u00e9 et d\u2019une activit\u00e9 d\u00e9bordante, il t\u00e9moignait d\u2019une vivacit\u00e9 d\u2019esprit et d\u2019une curiosit\u00e9 intellectuelle qui semblait n\u2019avoir aucune limite.<\/p>\n<p>Toujours en mouvement, il se pr\u00e9occupa peu d\u2019appliquer l\u2019adage qui veut que l\u2019ordre soit la condition premi\u00e8re de toute activit\u00e9. Son esprit, semble-t-il, avait besoin qu\u2019un certain d\u00e9sordre exist\u00e2t autour de lui pour bien fonctionner.<\/p>\n<p>Il avait bien not\u00e9 l\u2019engagement qu\u2019avait pris le premier ministre Taschereau \u00e0 l\u2019effet que toute l\u2019aide gouvernementale requise \u00e0 la poursuite de ses travaux lui \u00e9tait acquise car, d\u2019apr\u00e8s ce que j\u2019ai pu savoir, le respect de ses budgets \u00e9tait le moindre de ses soucis.<\/p>\n<p>Le Dr Rosell resta \u00e0 Saint-Hyacinthe jusqu\u2019en 1939, ann\u00e9e o\u00f9 il nous quitta pour retourner dans son pays natal, plus exactement dans le Pontevedra o\u00f9 il installa, \u00e0 Tuy, une branche de l&#8217;Institut Rosell. Il d\u00e9c\u00e9da en 1963, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 79 ans. Meurtri par les malheurs subis par ses proches et ses amis durant la guerre civile espagnole (1936-1939), il fut cruellement \u00e9prouv\u00e9 par la mort de son fils Joseph dans l&#8217;incendie du Coll\u00e8ge Sacr\u00e9-C\u0153ur, le 18 janvier 1938.<\/p>\n<p>Je pense qu\u2019il est bon de rappeler \u00e0 mes concitoyens et concitoyennes le passage chez nous de ce savant qui a profond\u00e9ment influenc\u00e9, par son \u00e9rudition et ses travaux, une industrie qui a contribu\u00e9 consid\u00e9rablement \u00e0 faire de Saint-Hyacinthe la Capitale de l\u2019agro-alimentaire au Qu\u00e9bec, et dont nous aimons tous, et \u00e0 juste titre, pouvoir nous enorgueillir.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":3078,"template":"","auteur":[64],"categorie-dhistoire":[81],"class_list":["post-3077","histoire","type-histoire","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","auteur-raoul-bergeron","categorie-dhistoire-agriculture"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/3077","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/histoire"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/3077\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3082,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/3077\/revisions\/3082"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3078"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3077"}],"wp:term":[{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=3077"},{"taxonomy":"categorie-dhistoire","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categorie-dhistoire?post=3077"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}