{"id":3427,"date":"2024-01-18T10:29:08","date_gmt":"2024-01-18T15:29:08","guid":{"rendered":"https:\/\/histoiredemaska.com\/?post_type=histoire&#038;p=3427"},"modified":"2026-02-26T11:07:47","modified_gmt":"2026-02-26T16:07:47","slug":"des-noirs-parmi-les-blancs","status":"publish","type":"histoire","link":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/histoire\/des-noirs-parmi-les-blancs\/","title":{"rendered":"Des noirs parmi les blancs"},"content":{"rendered":"<p>Saint-Hyacinthe, dont le tissu social a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des plus homog\u00e8nes au Qu\u00e9bec, la ville la plus fran\u00e7aise d\u2019Am\u00e9rique, devient depuis quelques ann\u00e9es une terre d\u2019accueil et agit comme un lieu de r\u00e9tention.\u00a0 \u00c0 l\u2019exemple des organismes qui traitent de ces arrivants, il serait bon de jeter un coup d\u2019\u0153il sur certains d\u2019entre eux en terre maskoutaine.<\/p>\n<p>La communaut\u00e9 noire est tiss\u00e9e de membres de diff\u00e9rentes provenances : Afrique, Antilles notamment Ha\u00efti, \u00c9tats-Unis.\u00a0 Les recensements f\u00e9d\u00e9raux jettent un peu de lumi\u00e8re sur son implantation en ville.\u00a0 Le nombre des personnes noires est peu \u00e9lev\u00e9 : de 11 personnes noires et &#8220;mul\u00e2tres&#8221; en 1851, on n\u2019en d\u00e9nombre qu\u2019une seul dix ans plus tard sous la cat\u00e9gorie &#8220;Personnes de couleur&#8221; dans Saint-Hyacinthe paroisse.\u00a0 Il faut attendre l\u2019ann\u00e9e 1911 pour retrouver de nouveau deux membres de cette communaut\u00e9 sous la cat\u00e9gorie du mot en &#8221; N &#8221; et 1941 pour constater l\u2019arr\u00eat d\u2019indication de cette rubrique sur les formulaires. Il est \u00e9vident que le concept m\u00eame du mot en &#8221; N &#8220;,\u00a0 est peu r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019origine du pays. Il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la couleur de la peau plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019ethnie et n\u2019est pas aussi d\u00e9terminant que les autres cat\u00e9gories qui rappellent d\u2019une fa\u00e7on significative la provenance, telles que les appellations Polonais, Chinois, Suisses, Fran\u00e7ais, Belges, Britanniques, Hollandais, Ukrainiens, Am\u00e9ricains, etc.<\/p>\n<p>\u00c0 la lecture des r\u00e9sultats, on peut conclure qu\u2019\u00e0 Saint-Hyacinthe, la communaut\u00e9 noire a connu son cap en cette moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle.\u00a0 Cette affirmation est corrobor\u00e9e par Mgr Choquette dans son Histoire de Saint-Hyacinthe r\u00e9dig\u00e9e en 1930, qui en fait mention dans certains passages de son ouvrage.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019il traite de l\u2019incendie du 14 mai 1854 qui a r\u00e9duit en cendres l\u2019ancien coll\u00e8ge devenu \u00e9v\u00each\u00e9 (site de l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 actuel), il est question de la destruction, \u00ab caus\u00e9e par des flamm\u00e8ches transport\u00e9es par le vent, de vastes \u00e9curies b\u00e2ties au-del\u00e0 du chemin de fer.\u00a0 Celles-ci abritaient une douzaine de chevaux coureurs tenus et entra\u00een\u00e9s en vue des fameuses courses de septembre organis\u00e9es par le turf-club de Montr\u00e9al-Saint-Hyacinthe. Il y avait l\u00e0 tout un corps d\u2019employ\u00e9s \u2013 des noirs et des blancs -, dont le principal \u00e9tait le forgeron-ferrant, M. Olivier Chalifoux\u2026 \u00bb (p. 206).\u00a0 Combien de gens de couleur \u00e9taient-ils ? Le chroniqueur garde le silence \u00e0 ce sujet.\u00a0 Il s\u2019agit probablement de membres des communaut\u00e9s antillaise ou africo-am\u00e9ricaine, anciens esclaves ou fils de certains d\u2019entre eux qui ont \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9s par les seigneurs locaux, les Dessaulles et Laframboise \u00e0 qui appartenaient en grande partie les chevaux. Mentionnons qu\u2019en Grande-Bretagne et dans ses colonies, les personnes noires ont le statut d\u2019esclave jusqu\u2019en 1833, date l\u2019abolition de la servitude.<\/p>\n<p>Plus loin, l\u2019historien maskoutain rappelle que \u00ab le turf-club (au Rond Laframboise dit le mile) faisait courir au trot, le plus souvent au galop. Tom, un employ\u00e9 noir de M. Laframboise fut charg\u00e9 un jour d\u2019aller chercher un fameux trotteur aux \u00c9tats-Unis. Il partit avec la somme d\u2019argent requise, se rendit peut-\u00eatre en son ancien pays de Virginie ou de Kentucky, et revint fid\u00e8lement avec l\u2019animal. Le retour par les chemins de terre avait dur\u00e9 trois semaines !\u00a0 Tom, dont les hauts faits sont souvent racont\u00e9s dans la famille Laframboise, r\u00e9sidait avec sa femme et plusieurs enfants [&#8230;] \u00e0 l\u2019angle des rues Cascade et Saint-Hyacinthe (aujourd&#8217;hui H\u00f4tel-Dieu) \u00bb (p. 263).<\/p>\n<p>Au recensement de 1851, la famille de Maurice Laframboise compte effectivement un cocher et jardinier du nom de Bristol Barnsworth, 46 ans, natif de (Kindehosk ?) aux \u00c9tats-Unis. Le nom de l\u2019\u00e9pouse n\u2019est toutefois pas indiqu\u00e9. Les Laframboise demeurent en leur magnifique manoir de la rue Girouard \u00e0 Saint-Hyacinthe auxquels le Patronage Saint-Vincent-de-Paul et les immeubles du Patro succ\u00e9d\u00e8rent. La famille quitte Saint-Hyacinthe en 1864 pour s&#8217;installer \u00e0 Montr\u00e9al.<\/p>\n<p>Le recensement de 1851 indique la pr\u00e9sence de onze membres de la communaut\u00e9 noire \u00e0 Saint-Hyacinthe.\u00a0 Outre la famille du cocher et jardinier des Laframboise, les cinq personnes suivantes ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9es : Mary Grenn, 25 ans, native de Virginie ; Dianna Jackson, 43 ans ; Ellen Bosnith, 18 ans, \u00e9tudiante ; L\u00e9onard Bosnith, 13 ans, ces derniers natifs de Kenderhosk?, \u00c9.-U. ; J.-J. Bosnith, 1 an, natif de Saint-Hyacinthe.\u00a0 Il est fait mention de plus qu\u2019un \u00ab enfant de cette maisonn\u00e9e est mort en 1851, \u00e2g\u00e9 de 8 jours \u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3428\" aria-describedby=\"caption-attachment-3428\" style=\"width: 597px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3428\" src=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/domestique-300x188.jpg\" alt=\"Domestique noire\" width=\"597\" height=\"374\" srcset=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/domestique-300x188.jpg 300w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/domestique-768x480.jpg 768w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/domestique-600x375.jpg 600w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/domestique.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 597px) 100vw, 597px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3428\" class=\"wp-caption-text\">Une domestique noire et ses employeurs \u00e0 Saint-Hyacinthe, vers 1900. Collection du Centre d&#8217;histoire de Saint-Hyacinthe.<\/figcaption><\/figure>\n<p>L\u2019h\u00f4telier S.-W. Farguhar, 36 ans, semble avoir embauch\u00e9 quelques autres personnes de couleur, d\u00e9duction faite selon la provenance : Speaker Truss, 25 ans, waiter, natif de Virginie ; Margaret Truss, 21 ans, housemaid, de Virginie ; Margaret Wilson, 50 ans, cook, veuve, native de Baltimore.<\/p>\n<p>Comme on peut le constater, les communaut\u00e9s ethniques ont contribu\u00e9 et contribuent au d\u00e9veloppement du Qu\u00e9bec, mais l\u2019image que la population se faisait des immigrants, pour g\u00eanante qu\u2019elle puisse para\u00eetre aujourd\u2019hui, est presque devenue un lieu commun.\u00a0 Les arrivants constituent une main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 bon march\u00e9, que l\u2019on dit analphab\u00e8te, aux m\u0153urs bizarres, de qui il faut se m\u00e9fier.\u00a0 Heureusement, les temps ont chang\u00e9.<\/p>\n<p>Encore \u00e0 la lecture de l\u2019histoire maskoutaine, il est curieux de constater un certain pr\u00e9jug\u00e9 dans les mentalit\u00e9s.\u00a0 Alors que Mgr Choquette rappelle la Guerre de S\u00e9cession am\u00e9ricaine (1860-1865), la lutte des Nordistes contre les Sudistes esclavagistes, ces \u00ab planteurs de tabac, de coton, de canne \u00e0 sucre, ces pachas entour\u00e9s de troupeaux noirs\u2026 \u00bb (p. 279), il rend compte du poids des deux arm\u00e9es : l\u2019une, celle du Sud, en apparence pauvre \u00ab ces bellig\u00e9rants sans navires de guerre, sans fabrique d\u2019armes et de munition, d\u00e9munis de toutes les n\u00e9cessit\u00e9s de la guerre \u00bb, mais forte en hommes de guerre ; et celle du Nord, bien \u00e9quip\u00e9e et pr\u00e9par\u00e9e.\u00a0 \u00ab Et voici, ajoute-t-il, que ce petit peuple (Sudistes) fait mine de r\u00e9sister ; il r\u00e9siste effectivement, victorieusement.\u00a0Aussit\u00f4t nos v\u0153ux all\u00e8rent au petit, \u00e0 David devant Goliath.\u00a0Loin de comprendre cet \u00e9tat d\u2019\u00e2me, qui n\u2019est pas sans noblesse, les Nordistes entreprirent de punir comme un crime positif notre penchant pour leurs ennemis et ils trouv\u00e8rent le secret d\u2019\u00eatre cruels \u00e0 l\u2019exc\u00e8s \u00bb et ce par l\u2019abandon en 1866 du trait\u00e9 de r\u00e9ciprocit\u00e9 commerciale canado-am\u00e9ricain par lequel le Sud s\u2019approvisionnait, des plus r\u00e9mun\u00e9rateurs et qui avantageait les provinces du Canada-Uni.<\/p>\n<p>Le malheur des uns\u2026\u00a0 Et \u00e0 titre d\u2019exemple, l\u2019auteur affirme que durant la guerre, \u00ab les Nordistes exploit\u00e8rent \u00e0 Upton, pr\u00e8s des fermes de M. (Joseph) Pilon, ancien d\u00e9put\u00e9 de Bagot, un filon de gal\u00e8ne qui rendit une soixantaine de tonnes de plomb.\u00a0 Un plomb canadien, maskoutain presque, aura contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019abolition de l\u2019esclavage des noirs ! \u00bb (p. 280).<\/p>\n<p>Alors que Mgr Choquette traite de la Guerre de S\u00e9cession am\u00e9ricaine et de son penchant, semble-t-il, pour les Sudistes, il pr\u00e9tend que l\u2019accueil d\u2019une noire, fille d\u2019esclave, par des gens de chez-nous, est un geste d\u00e9plac\u00e9.\u00a0 \u00ab Je trouve une preuve concr\u00e8te, abusive presque, de ce sentiment dans la conduite d\u2019une famille de Saint-Hyacinthe \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une fille d\u2019esclave n\u00e9e en Georgie. Cet \u00e9nonc\u00e9 \u00e9veille, je n\u2019en doute pas, chez le vieux lecteur, le souvenir de la famille L\u00e9andre Boivin, au no 177, rue Girouard,\u00a0et de sa pupille noire, Mademoiselle Guilmartin.\u00a0 Celle-ci v\u00e9cut dans la maison Boivin comme une fille d\u2019adoption, tenue au m\u00eame rang que les autres et fr\u00e9quentant comme eux la soci\u00e9t\u00e9 de Saint-Hyacinthe.\u00a0De mani\u00e8res plaisantes, instruite, distingu\u00e9e, Mlle Guilmartin faisait oublier sa couleur pour laisser percevoir ses qualit\u00e9s int\u00e9rieures et l\u2019agr\u00e9ment de sa personne.\u00a0 Elles \u00e9pousa M. Talbot, d\u00e9put\u00e9 de Bellechasse \u00bb (p.\u00a0 279).<\/p>\n<p>Le discours de l\u2019eccl\u00e9siastique confirme la conception d\u00e9favorable que l\u2019on se fait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, envers les gens de couleur et envers les \u00e9trangers en g\u00e9n\u00e9ral, surtout dans un petit milieu, referm\u00e9 sur lui-m\u00eame et qui n\u2019est pas habitu\u00e9 \u00e0 voir dans son entourage et \u00e0 vivre quotidiennement avec des personnes originaires de pays lointains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s un article de Jean-No\u00ebl Dion\u00a0paru dans <em>Le Courrier de Saint-Hyacinthe<\/em> le 8 f\u00e9vrier 2006.<\/p>\n<h3><\/h3>\n<h3>Pour en savoir plus :<\/h3>\n<p>Un article concernant Mary Ann Law Guilmartin r\u00e9dig\u00e9 par Frank Mackey. En ligne : <a href=\"https:\/\/www.musee-mccord-stewart.ca\/fr\/blogue\/que-de-questions\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.musee-mccord-stewart.ca\/fr\/blogue\/que-de-questions\/\u00a0<\/a><\/p>\n<p>Un article de Jean-No\u00ebl Dion sur Dominique Gaspard. En ligne : <a href=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/histoire\/dominique-gaspard-au-seminaire-de-saint-hyacinthe\/\">https:\/\/histoiredemaska.com\/histoire\/dominique-gaspard-au-seminaire-de-saint-hyacinthe\/\u00a0<\/a><\/p>\n","protected":false},"featured_media":3428,"template":"","auteur":[89],"categorie-dhistoire":[90],"class_list":["post-3427","histoire","type-histoire","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","auteur-jean-noel-dion","categorie-dhistoire-demographie"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/3427","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/histoire"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/3427\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8240,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/3427\/revisions\/8240"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3428"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3427"}],"wp:term":[{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=3427"},{"taxonomy":"categorie-dhistoire","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categorie-dhistoire?post=3427"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}