{"id":6477,"date":"2025-03-26T09:50:45","date_gmt":"2025-03-26T13:50:45","guid":{"rendered":"https:\/\/histoiredemaska.com\/?post_type=histoire&#038;p=6477"},"modified":"2025-03-26T10:04:02","modified_gmt":"2025-03-26T14:04:02","slug":"les-origines-du-mot-quetaine","status":"publish","type":"histoire","link":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/histoire\/les-origines-du-mot-quetaine\/","title":{"rendered":"Les origines du mot Qu\u00e9taine"},"content":{"rendered":"<p>Tr\u00e8s rares sont les linguistes qui ont relev\u00e9 le mot \u00ab qu\u00e9taine \u00bb. Il ne se trouve pas dans le <em>Dictionnaire usuel Larousse <\/em>ou <em>Robert<\/em> ni dans le <em>Glossaire du parler fran\u00e7ais au Canada.<\/em> Gilles Colpron, l\u2019auteur du <em>Dictionnaire des anglicismes, <\/em>est le premier \u00e0 en faire mention dans son ouvrage paru aux \u00e9ditions Beauchemin en 1970. Il mentionne que le mot aurait pris son origine \u00e0 Saint-Hyacinthe avant de gagner le reste de la province. Dominique Michel et Denise Filiatrault furent les premi\u00e8res \u00e0 utiliser le mot \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision dans leur s\u00e9rie \u00e0 succ\u00e8s, <em>Moi et l\u2019autre<\/em>, diffus\u00e9e sur les ondes de Radio-Canada de 1966 \u00e0 1971<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Pour elles, le mot signifiait \u00ab de mauvais go\u00fbt \u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6485\" aria-describedby=\"caption-attachment-6485\" style=\"width: 442px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6485\" src=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Creation-sans-titre-1-232x300.png\" alt=\"\" width=\"442\" height=\"571\" srcset=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Creation-sans-titre-1-232x300.png 232w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Creation-sans-titre-1-791x1024.png 791w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Creation-sans-titre-1-768x994.png 768w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Creation-sans-titre-1-1187x1536.png 1187w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Creation-sans-titre-1-600x777.png 600w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Creation-sans-titre-1.png 1545w\" sizes=\"(max-width: 442px) 100vw, 442px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6485\" class=\"wp-caption-text\">Dominique Michel et Denise Filiatrault au Club Richelieu en 1960. Centre d&#8217;histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH548 Raymond B\u00e9langer, photographe.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Un mot, de multiples origines\u2026<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 Saint-Hyacinthe, tous ont leur version de l\u2019origine du mot. Cet article a pour but de v\u00e9rifier la l\u00e9gende, de la confirmer ou de la nier. D\u2019apr\u00e8s Colpron, le mot est une d\u00e9formation du nom de famille \u00e9cossais \u00ab Keating \u00bb. Un \u00c9cossais portant ce patronyme se serait \u00e9tabli \u00e0 Saint-Hyacinthe avec sa famille. Par son apparence singuli\u00e8re, la famille serait devenue le point de mire de son quartier. P\u00e9tri par la langue populaire, le nom propre est devenu un nom commun et un adjectif. Il d\u00e9signe une personne ou une chose \u00e0 l\u2019apparence bizarre, d\u00e9mod\u00e9e. Dans son \u00e9dition de 1982, Colpron soutient de nouveau que le mot a pris naissance \u00e0 Saint-Hyacinthe.<\/p>\n<p>En 1971, Louis-Alexandre B\u00e9lisle, dans son <em>Dictionnaire g\u00e9n\u00e9ral de la langue fran\u00e7aise au Canada<\/em>, rel\u00e8ve le mot. Il ne donne toutefois que la signification du terme, qui voudrait dire \u00ab ancien \u00bb ou \u00ab d\u00e9mod\u00e9 \u00bb. Dans leurs <em>Travaux de linguistique qu\u00e9b\u00e9coise<\/em>, parus en 1978, Lionel Boisvert, Marcel Juneau et Claude Poirier proposent une autre origine au mot : \u00ab L\u2019explication propos\u00e9e par Colpron n\u2019est peut-\u00eatre pas fausse, mais elle a toutes les apparences de l\u2019\u00e9tymologie populaire. Nous pr\u00e9f\u00e9rons, jusqu\u2019\u00e0 plus ample inform\u00e9, voir dans qu\u00e9taine un repr\u00e9sentant de la famille de qu\u00eater, c\u2019est-\u00e0-dire mendier. Le fran\u00e7ais a en effet connu, du XIVe jusqu\u2019au XVIe si\u00e8cle un substantif, questain, qui signifie mendiant et qui survit \u00e0 l\u2019\u00e9poque actuelle dans le parler des Vosges et dans celui de la Haute-Savoie. \u00bb D\u2019autres sources pr\u00e9tendent que l\u2019on retrouve dans le parler du Haut-Maine le mot qu\u00e9tin qui d\u00e9signe une personne b\u00e8gue, qui brouille ses mots.<\/p>\n<p>Une interrogation demeure\u2026 Si le mot connait une g\u00e9n\u00e9alogie aussi ancienne, provenant de diverses r\u00e9gions de la France, pourquoi les linguistes canadiens du XIXe si\u00e8cle et de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle n\u2019en font aucune mention?<\/p>\n<p><strong>D\u2019autres pistes\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Interrog\u00e9 pour en connaitre davantage sur le sujet, un Maskoutain pure laine n\u00e9 au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, pr\u00e9tend qu\u2019il s\u2019agit de la famille Kesten, qui habitait pendant les ann\u00e9es de crise dans le quartier Christ-Roi, commun\u00e9ment appel\u00e9 le bas de la ville de Saint-Hyacinthe. Cette famille, apparemment de souche autochtone, \u00e9tait originaire de la r\u00e9gion de Pierreville et s\u2019est install\u00e9e dans un taudis, y vivant sans plus de fa\u00e7on. Cette hypoth\u00e8se est plausible, mais apr\u00e8s avoir v\u00e9rifi\u00e9 dans les annuaires de la ville de 1880 \u00e0 1909, aucune trace d\u2019une famille Kesten, pas plus que d\u2019une famille Keating, d\u2019ailleurs.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6480\" aria-describedby=\"caption-attachment-6480\" style=\"width: 679px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-6480\" src=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/marche-a-foin-logo-300x188.jpg\" alt=\"\" width=\"679\" height=\"426\" srcset=\"https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/marche-a-foin-logo-300x188.jpg 300w, https:\/\/histoiredemaska.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/marche-a-foin-logo-600x375.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 679px) 100vw, 679px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6480\" class=\"wp-caption-text\">Le march\u00e9 \u00e0 foin, situ\u00e9 anciennement dans le quartier Christ-Roi. Centre d&#8217;histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH085 Studio B.-J. H\u00e9bert, photographe.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Si, comme on l\u2019a vu, Colpron fut l\u2019un des premiers \u00e0 reconnaitre le mot \u00ab qu\u00e9taine \u00bb en 1970, il existait bien avant. Nos informateurs maskoutains situent son apparition, l\u2019un avant 1920, le second lors de la d\u00e9pression des ann\u00e9es 1930. Aucun document ne le confirme. Il faut attendre plusieurs ann\u00e9es pour voir l\u2019expression \u00e9crite en toutes lettres. En effet, dans <em>Le Coll\u00e9gien<\/em>, journal des \u00e9l\u00e8ves du S\u00e9minaire de Saint-Hyacinthe, au mois d\u2019avril 1956, parait un article intitul\u00e9 \u00ab J\u2019ai vu Kittenville et j\u2019ai compris l\u2019abb\u00e9 Pierre \u00bb. L\u2019article parle de la petite desserte Sainte-Monique situ\u00e9e sur la route 116 \u00e0 Douville, et dans laquelle vivaient plusieurs familles du quartier Christ-Roi expropri\u00e9es car la Ville voulait \u00ab assainir \u00bb le centre-ville. Plusieurs familles peu fortun\u00e9es sont donc oblig\u00e9es de d\u00e9m\u00e9nager et de se construire des abris de fortune sans \u00e9lectricit\u00e9, ni eau, ni service sanitaire. Ce territoire est baptis\u00e9 Kittenville par plusieurs habitants de Saint-Hyacinthe.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de T.-D. Bouchard<\/strong><\/p>\n<p>T\u00e9lesphore-Damien Bouchard, ancien d\u00e9put\u00e9-maire de Saint-Hyacinthe, lui-m\u00eame natif du bas de la ville, \u00e9crit dans ses m\u00e9moires, publi\u00e9es chez Beauchemin, qu\u2019il est le petit-fils d\u2019un porteur d\u2019eau du March\u00e9 \u00e0 foin. L\u2019ancien march\u00e9 \u00e0 foin \u00e9tait l\u2019endroit des maquignons (marchands de chevaux). On y buvait beaucoup, apparemment, en m\u00eame temps qu\u2019on y jouait \u00e0 l\u2019argent. Ce territoire a eu longtemps tr\u00e8s mauvaise r\u00e9putation \u00e0 Saint-Hyacinthe. Selon Bouchard, l\u2019une des familles les plus notoires de ce quartier \u00e9tait les Martin dit Qu\u00e9tenne. Encore une fois, une recherche dans les annuaires de la ville ne permet pas de retrouver cette famille. Il faut bien dire, cependant, que plusieurs familles du march\u00e9 \u00e0 foin n\u2019\u00e9taient tout simplement pas r\u00e9pertori\u00e9es dans les bottins de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, Bouchard a permis aux Maskoutains de revendiquer la provenance du mot, sinon de l\u2019avoir popularis\u00e9. Qu\u2019il origine de l\u2019ancien fran\u00e7ais ou qu\u2019il soit d\u00e9riv\u00e9 d\u2019un nom de famille (Kesten, Keating ou Qu\u00e9tenne), il n\u2019y a que l\u2019embarras du choix. On ne connaitra probablement jamais sa provenance. Ce mot si farfelu cache pourtant un grand drame\u00a0: celui de la mis\u00e8re et de l\u2019intol\u00e9rance\u2026<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s les articles de Jean-No\u00ebl Dion, publi\u00e9s dans <em>Le Courrier de Saint-Hyacinthe<\/em>, les 9, 16 et 23 mars 1988.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Dans une entrevue donn\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, Denise Filiatrault et Dominique Michel ont confi\u00e9 que c\u2019est de la bouche de Juliette P\u00e9trie, com\u00e9dienne native de Saint-Hyacinthe, qu\u2019elles ont entendu ce mot pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":6487,"template":"","auteur":[89],"categorie-dhistoire":[83],"class_list":["post-6477","histoire","type-histoire","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","auteur-jean-noel-dion","categorie-dhistoire-quartiers"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/6477","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/histoire"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/6477\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6493,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/histoire\/6477\/revisions\/6493"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6487"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6477"}],"wp:term":[{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=6477"},{"taxonomy":"categorie-dhistoire","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiredemaska.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categorie-dhistoire?post=6477"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}