Les excursions au XIXe siècle (3)


Par Paul Foisy
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 6 décembre 2018.


Tel que l’affirme l’historien Donald Guay « durant tout le XIXe siècle, les routes et les chemins sont rudimentaires et la plupart du temps difficilement praticables, notamment lorsqu’il s’agit de franchir de longues distances. Si l’état du réseau routier est un obstacle certain à l’expansion des sports, deux moyens de transport vont suppléer à cette insuffisance : le bateau à vapeur et le chemin de fer. » Ainsi, en plus de contribuer à la diffusion des sports et des loisirs au sein de notre communauté, l’arrivée d’un premier train à Saint-Hyacinthe à la fin de l’année 1848 s’inscrit comme un marqueur important du développement économique de la ville, mais il s’agit également d’un des premiers jalons d’une industrie touristique en devenir.


La présence de plusieurs compagnies ferroviaires à Saint-Hyacinthe dans la deuxième moitié du XIXe siècle permet donc la venue d’excursionnistes qui recherchent le dépaysement dans notre ville. Il faut cependant noter que par le fait même, les Maskoutains disposent également de ce moyen de transport pour voyager.


À cet effet, en 1873, une publicité parue dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe, en date du 2 septembre, offre aux Maskoutains l’occasion de se rendre à New York. Vers la fin des années 1870, les destinations de ces voyages organisés offerts aux Maskoutains sont variées : West-Farnham, Memphrémagog, Cacouna, Sheldon dans l’état du Vermont et Ottawa.



Les sportifs en voyage !
« La présence au quotidien des locomotives encourage l’invention de la vitesse, condition essentielle du transport des spectateurs, des joueurs, pour le domaine sportif, mais aussi des touristes », affirme l’historien Laurent Turcot. Ainsi, les courses de chevaux, le premier sport spectacle organisé au Québec, parviennent à se développer grâce à la présence du réseau ferroviaire.


« Parmi les champs de courses qui profitent du chemin de fer, celui de Saint-Hyacinthe apparaît comme étant particulièrement privilégié », note l’historien Donald Guay. Si la ville de Saint-Hyacinthe parvient à attirer des milliers d’amateurs de courses à son hippodrome, c’est qu’elle est bien située géographiquement ce qui facilite les déplacements des spectateurs provenant autant de l’est que de l’ouest du Québec.


Au milieu des années 1870, la population de Saint-Hyacinthe est d’un peu moins de 4000 habitants. Il ne faut pas sous-estimer les effets de l’arrivée de milliers de visiteurs à Saint-Hyacinthe à cette époque. Donald Guay note que « [c]es courses ont un impact considérable sur cette petite ville. Si elles provoquent des “désordres honteux” qui méritent “la censure de tous les vrais amis de la morale publique”, elles apportent la prospérité. Les milliers de touristes qui se rendent à Saint-Hyacinthe durant les jours de courses font le bonheur des marchands et des hôteliers […]. Durant ces jours, la ville est “toute bouleversée et sans- dessus”. Laissons le journaliste du Courrier de Saint-Hyacinthe commenter un événement de courses qui s’est déroulé du 26 au 28 août 1862 : « Les habitants se croyaient transportés au centre de quelque grande ville, en quelque grande circonstance. […] La foule des étrangers a été immense, elle augmentait et se renouvelait presque chaque jour. Son Excellence, le gouverneur général était présent au premier jour. Le lieutenant général sir W. F. Williams y fut tout le temps. La présence de ces hauts personnages n’a pas peu contribué à l’éclat de la fête déjà si brillante. »


Vers la fin du XIXe siècle, les amateurs se déplacent également en train pour assister à des parties de baseball. Par exemple, lorsque le National de Montréal affronte le Granite de Saint-Hyacinthe, le 1er septembre 1895, une grande foule assiste à la rencontre. « Quand le grand jour arrive, près de 5 000 spectateurs se massent sur le terrain du parc Laframboise pour voir le meilleur club de baseball au Québec contre le Granite de Saint-Hyacinthe. Certaines parties des Expos n’attiraient pas autant de personnes ! », indique Patrick Carpentier, l’historien du baseball québécois.


Les Maskoutains se déplacent également pour suivre leur équipe favorite. En 1896, Société Philharmonique organise « une excursion vers Montréal afin de permettre aux amateurs d’assister à la grande joute de base-ball entre le National de Montréal et notre club », indique le rédacteur du Courrier de Saint-Hyacinthe le 4 juillet 1896. 


En somme, il faut retenir que la présence du train à Saint-Hyacinthe au XIXe siècle constitue, en quelque sorte, le premier jalon de l’industrie touristique dans notre communauté.


Photo:
Le Granite, premier club de baseball professionnel à Saint-Hyacinthe en 1895. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH085 Studio B.J. Hébert, photographe.


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Cet article est le dernier d'une série de trois.



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