Dehors les Maskoutains!


Alors que la Ville de Saint-Hyacinthe présente le 2 et 3 février prochain, l'événement Saint-Hyacinthe en blanc, au parc Les Salines, il est de bon ton, je crois, de vous entretenir des premières formes d'activités populaires hivernales tenues à Saint-Hyacinthe.


C’est à Montréal que l’on organise pour la première fois une semaine de festivités hivernales. En effet, dès le 23 janvier 1883, la fête commence dans la métropole. « Les festivités s’échelonnent sur cinq jours et comprennent des promenades en traîneaux, des concours et marches en raquettes, des jeux et mascarades sur patins, de la glissade, des rencontres de curling, et, bien sûr, l’attaque simulée du palais de glace », affirme Sylvie Dufresne dans un article consacré au carnaval d’hiver à Montréal. À cette époque, les organisateurs du carnaval poursuivent plusieurs lièvres à la fois, car « les objectifs sont clairement énoncés: ils sont à la fois récréatifs, touristiques et économiques », note Sylvie Dufresne.


Les raquetteurs
À Saint-Hyacinthe, c’est d’abord et avant tout les raquetteurs qui se rassemblent à l’extérieur et qui profitent du grand air hivernal. Un premier club de cette nature voit le jour en 1861. Il faudra attendre quelques années avant que les raquetteurs invitent des clubs venant de l’extérieur afin d’élaborer un programme d’activités que l’on pourrait comparer au carnaval de Montréal.


En effet, en 1885, les clubs de raquetteurs montréalais « Le Canadien » et « Le trappeur » débarquent à Saint-Hyacinthe au début du mois de février. « Les excursionnistes, au nombre d’environ 27 ‘Canadiens’ et 23 ‘Trappeurs’, plus plusieurs dames, furent reçus à leur arrivée par les officiers des deux clubs de Saint-Hyacinthe, au milieu des hourrahs de la foule. Après un brillant feux d’articifice, les visiteurs furent conduits aux divers hôtels où ils passèrent une agréable soirée avec leurs hôtes », note un rédacteur de La Presse, le 9 février 1885.


Le lendemain, les raquetteurs se réunissent et forment une grande procession qui défile à travers les principales rues de la ville. Pour vous dire, La Presse rapporte qu’il y avait 125 voitures et les présidents des divers clubs étaient réunis dans la première « sleigh».  À 15 heures, on présente les courses annuelles organisées par les clubs maskoutains. Les raquetteurs les plus sportifs s’affrontent lors de huit épreuves dont la distance varie entre 100 verges et 2 milles.


Dans la soirée, 125 personnes participent à un grand banquet à l’Hôtel-Dieu. Il va de soi que les raquetteurs lèvent leurs verres à plusieurs reprises. Parmi eux, notons la présence d'Honoré Mercier, alors député de Saint-Hyacinthe et chef de l’opposition libérale à l’Assemblée législative, qui propose « la santé des bonnes religieuses qui avaient bien voulu accorder aux clubs une si gracieuses hospitalités. Cette santé fut bue avec enthousiasme », signale le journaliste de La Presse. Le lendemain du banquet, aux petites heures du matin, les excursionnistes embarquent à bord du train qui les ramènent à Montréal.


Ces rencontres entre clubs se poursuivent à quelques reprises au fil des ans. Cependant, avec la formation de l’Union canadienne des raquetteurs, en 1907, cette forme d’activité prend une ampleur considérable, car l’Union organise des congrès annuels. Ces congrès réunissant des centaines de participants prennent l’allure de véritables fêtes hivernales.


Un article publié dans le journal La Patrie, le 4 février 1910, mentionne : « Le carnaval annuel des raquetteurs commencera demain après-midi à St-Hyacinthe. Plus de 1500 ‘boys’ de Montréal, de Québec, d’Ottawa, de Hull, de Lévis, de St-Hyacinthe, de partout prendront part à ces grandes fêtes de réjouissances organisées par l’Union Canadienne des Raquetteurs. »Les activités au programme de ce congrès sont diverses: rassemblements, courses, parade aux flambeaux dans les rues, feux d’artifice, attaque du manège militaire, concert, messe, excursions, banquet, glissade sur la rivière, souque à la corde, course à pied et en raquette à l’intérieur du manège. 


Voilà le genre d’activité auxquelles étaient convié les raquetteurs de même que le public maskoutain qui assistait à plusieurs de ces réjouissances extérieures. De quoi faire oublier les grands froids et les longues soirées d’hiver. 


Photo:
Les membres du club de raquetteurs maskoutains Les Infatiguables devant leur chalet sur le bord de la Yamaska à La Providence vers 1920. Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH413.


Paul Foisy, janvier 2019.