Les débuts du Patronage de la Saint-Vincent-de-Paul à Saint-Hyacinthe

Le 8 octobre 1905, la fondation officielle du Patronage a eu lieu avec l’arrivée à Saint-Hyacinthe du révérend Père Louis-Eugène Tremblay et de trois Frères. Au Père Tremblay, qui avait alors 26 ans et deux ans de prêtrise, on aurait pu appliquer ces vers du poète : « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années ». Le Père Tremblay était un homme d’autorité, avec un tempérament qui savait s’imposer à l’occasion. Quant aux chers Frères, quel dévouement, quelle compétence, quelle discrétion, quel esprit d’équipe ils ont toujours manifestés ! Les quatre bons religieux se sont mis ardemment au travail dès leur arrivée. S’ils s’affairaient à tout organiser matériellement pour les jeunes qui s’inscrivaient déjà (logement, chambres, réfectoire, salles de récréation), en véritables éducateurs, ils n’oubliaient pas les institutions spirituelles. Ce qu’ils voulaient obtenir de chacun de leurs protégés, c’était un esprit sain dans un corps sain, et surtout une âme qui respire la foi, l’amour de Dieu et du prochain. À la poursuite de ce but, en 1905, la « maison de famille » a été instituée. Le premier directeur en était le Frère Boivin, qui en expliquait la raison d’être : « Chers petits amis qui ont, pour la plupart, perdu dans l’enfance un père ou une mère ; qui n’ont pas eu le bonheur de connaître les joies de la famille, remerciez le ciel de vous avoir fait trouver au Patronage une famille ».

Cette année 1905 voit également naître le Cercle Notre-Dame, qui fait dire au directeur, le Frère Hodiesne : « Le nid est construit, pour aider les jeunes à s’élever, à monter jusqu’à la perfection chrétienne ». L’année suivante, en 1906, le Cercle Saint-Louis de Gonzague voit le jour. Son directeur, le Frère Boivin, justifie la mise sur pied de ce nouveau cercle par ces remarques : « Quand le jeune reste vertueux (à l’exemple du céleste patron Louis-de-Gonzague), son cœur garde, au milieu des autres nobles sentiments dont il est riche, le souvenir attendri de ceux qui lui ont fait du bien ». En 1920, apparaît le Cercle des Saints-Anges. Pour son directeur, le Frère Bédard, ce cercle est « un berceau au Patronage ». Enfin, en 1923, est fondée l’Association Saint-Joseph « pour les anciens et ceux qui le deviendront ».

piscine du Patro
Inauguration de la piscine en 1930. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Fonds CH591 Gaston Hamelin

Une institution solidement organisée

Les jeunes garçons y accourent de plus en plus nombreux. Les sports sont en vogue, tout comme les jeux d’intérieur. Les arts ne sont pas négligés : la tragédie et la comédie, par exemple. Les pièces de théâtre jouées au Patro attirent les foules. Je me rappelle avoir assisté en 1937 à une pièce, dans laquelle le rôle principal était tenu par un jeune espagnol du nom de Rosell, qui fut victime avec une quarantaine de compagnons et de Frères, en janvier 1938, du terrible incendie qui détruisit de fond en comble le Collège du Sacré-Cœur.

On cultivait, bien sûr, au Patro, le chant et la musique. Que dire, sinon du bien, de la fanfare ? Elle était de toutes les fêtes, communautaires et privées : fêtes religieuses, avec les processions, à travers la ville, de la Fête-Dieu et du Rosaire ; fêtes patriotiques de la Saint-Jean-Baptiste ou à l’occasion de congrès ; concerts donnés ici et là, par exemple, en juillet 1947, à Saint-Valérien, où j’étais curé, les paroissiens avaient voulu souligner, par une fête, le 25e anniversaire de mon ordination sacerdotale. C’est alors que j’invitai la fanfare du Patro à venir égayer mes gens par un concert. Pour ces bonnes gens de la campagne, c’était le « nec plus ultra » en fait de réjouissance populaire, et les Gars du Patro ont reçu de chaleureux applaudissements, lors de cette soirée mémorable. En 1960, c’est la fameuse « Clique Maska » qui entre en jeu, sous l’instigation d’abord du Frère Lemay et, peu après, sous la conduite du Frère Desrochers et de Gilles St-Amand. Elle s’est distinguée dans les parades de la St-Jean à Montréal et du Carnaval de Québec ; elle donne une représentation au Congrès International des Lions à New-York ; on la retrouve enfin lors des cérémonies d’ouverture de l’EXPO de 1967. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la Clique Maska s’est acquis une réputation enviable et bien méritée.

Pendant les vacances d’été, les terrains du Patro sont envahis par les enfants des différentes paroisses de la ville. Le personnel est alors aidé par des professeurs qui viennent prêter main forte à leurs confrères. C’est ainsi que le cher Frère Bilodeau est revenu par trois fois à Saint-Hyacinthe pour y passer les vacances.

Dans la chapelle du Patronage, les activités ne manquent pas. Les portes y sont ouvertes pour les amis et les voisins régulièrement le dimanche. Les Sœurs de Sainte-Marthe, arrivées le 17 janvier 1917 pour prendre soin du ménage et de la cuisine, en pieuses religieuses, s’intéressent à la chapelle. Elles savent la tenir propre et attrayante, si bien qu’elles attirent chaque jour plusieurs personnes qui assistent à la sainte messe. Et l’on n’ignore pas que, chaque année, des groupes, comme les voyageurs de commerce, sont heureux de suivre au Patronage une retraite semi-fermée.

 

Fêtes commémoratives

Avec les années se multiplient les fêtes commémoratives. En 1920, on célèbre le 15e anniversaire de la fondation du Patro. Le premier congrès des Œuvres de Jeunesse Ouvrière, qui se tient à Saint-Hyacinthe cette année-là, ne manque pas d’intéresser le personnel du Patro, directeurs et jeunes gens qui entendent, tour à tour, les conférences ou allocutions de Mgr Fabien-Zoël Decelles, vicaire général de l’évêque de Saint-Hyacinthe, de l’abbé P.-S. Desranleau, de M. Armand Boisseau, député, de M. Samuel Casavant de la commission scolaire, de M. Adélard Fontaine, président diocésain de l’A.C.J.C.

L’année 1930 rappelle évidemment le jubilé d’argent du Patro. Participent à la fête des délégués des Patronages de Québec, Québec-Laval, Lévis, Montréal, et un grand nombre d’anciens de l’Œuvre de Saint-Hyacinthe. Dans le comité d’Honneur, on relève les noms des abbés Origène, Berthiaume, Maurice Godbout et Albert Renaud. Comme présidents conjoints, mentionnons M. le professeur J.-E. Paquin, le Frère F.-A. Taillon, M. Jules Boucher. À cette occasion, on inaugure le gymnase, et il y a bénédiction de la baignoire. Mgr P.-S. Desranleau, vicaire général, représentant de l’évêque, et M. le maire Henri Pagé prennent part à ces fêtes du 25e anniversaire.

Le 21 juin 1953, le Patronage est en liesse. Il y a de quoi ! C’est le cinquantième anniversaire de prêtrise du révérend Père Louis-Eugène Tremblay. Directeur de 1905 à 1925, il avait été remplacé par le Père P. Laperrière, mais avait rempli un deuxième terme de 1927 à 1932. Il aura donc été vingt-cinq ans durant directeur du Patro. Après lui, de 1932 à 1938, c’est le Père J.-J. Plamondon qui est assigné au poste de directeur du Patro, remplacé par le Père Gaston Pontbriand, de 1938 à 1944. Le Père Laperrière connut un deuxième terme, de 1944 à 1947. Il y eut le Père A. Côté, de 1947 à 1950. Le Père E. Morin, 1950-1956, occupait le poste de directeur du Patro en 1953, et c’est lui qui eut le plaisir d’accueillir le Père Tremblay, pour les fêtes commémoratives de ses noces d’or sacerdotales. Il n’y eut plus que deux autres directeurs par la suite : le Père P.-E. Rodrigue, de 1956 à 1965, et enfin le Père André Maheux, de 1965 à la fermeture du Patro, en 1968.

Fanfare devant le Patro
Fanfare du Patronage en 1961. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Fonds CH116 Studio Lumière.

Financement 

Malgré l’ampleur des options offertes dans les diverses activités auxquelles pouvaient se livrer les jeunes au Patro, les ressources pécuniaires des Frères de Saint-Vincent de Paul étaient plutôt maigres ! « Par un, vous connaissez tous les autres » écrivait Virgile. Nous pourrons soupçonner la condition de notre Patro, par ce qui est dit des Patros en général. Dans un volume intitulé « L’Oeuvre des Congrégations religieuses de charité dans la province de Québec » paru en 1930, M. Arthur St-Pierre de la Société Royale du Canada, professeur à l’Université de Montréal, écrit (p. 217) : « L’œuvre de préservation et d’éducation accomplie par les Frères de Saint-Vincent de Paul est admirable à tous égards. Je trouve que ni l’opinion, ni les pouvoirs publics ne lui accordent la sympathie et l’appui qu’elle mérite”.

Dans la population maskoutaine, l’opinion a été on ne peut plus favorable à la cause du Patro. Témoins : l’encouragement de la présence empressée, lors des séances et des fêtes ; les multiples billets de tirage, qui trouvaient si facilement preneurs ; la quête annuelle prescrite par l’évêque dès 1906, et qui se faisait dans toutes les paroisses du diocèse ; les inoubliables kermesses, tant aimées des jeunes, et qui apportaient un peu d’eau au moulin. Qu’on me permette ici une énumération toute à leur gloire des présidentes des principaux kiosques : Mesdames O. Jacques, Benoit L’Homme, J.-A. Lahaise, P. Choimère, J.-A. Bonin, Mlle A. Turcotte et à celles associées à la même œuvre, M. J.-M. Daoust, etc.

Le Patro comptait nombre de bienfaitrices, toujours prêtes à apporter leur contribution pécuniaire, leur temps, le meilleur d’elles-mêmes : Mlle Cécile Guertin, par exemple, ouvrière de la première heure, puis Mesdames Ernest Fontaine, Fernande St-Pierre, etc. Les bienfaiteurs ne manquèrent pas tout au long de l’existence du Patro. Ils se signalèrent en 1947, avec la formation d’un Comité de Secours au Patronage, dont les responsables furent MM. J.-E.-F. Chartier et Camille-J. Hubert.

La disparition du Patro

Hélas ! il en va des institutions comme des individus. Il ne faut pas se le cacher : dans le domaine de l’hôpital, de l’hospice, de l’orphelinat, de l’école, des loisirs, prêtres et religieux ont de longue date exercé un rôle de suppléance. L’État se plaît à contrôler le plus de secteurs possibles. Est-ce à dire que c’est immanquablement pour le mieux que disparaissent par exemple les patronages, et que les loisirs soient administrés par des organismes qui relèvent des pouvoirs publics ? Il est indéniable qu’avec des moyens pécuniaires inadéquats, prêtres et religieux ont parfois réalisé de véritables tours de force. C’est qu’avec le bénévolat dont ils savaient s’entourer, et dont ils donnaient eux-mêmes le plus bel exemple, il y avait chance de trouver beaucoup de désintéressement, de dévouement, disons le mot, de cœur !

Le Patronage a disparu. La Terrasse du Patro nous le rappelle chaque jour à nos yeux et à notre esprit. Une fête comme celle qu’il nous a été donné de vivre les 27 et 28 mai 1978, nous montre l’attachement profond de ceux qui ont été en contact avec ces admirables éducateurs, les Frères de Saint-Vincent de Paul. Nous ne pouvons le reconstruire, notre bien-aimé Patro, qui n’a eu à Saint-Hyacinthe que soixante-trois ans de vie, de 1905 à 1968. Nous ne saurions l’oublier : souvent nos souvenirs se reportent vers lui. Que le cher Patro vive donc dans nos souvenirs, et pour longtemps !

 

D’après les articles de Alfred Lalime, ptre, c.s., publiés dans le Courrier de Saint-Hyacinthe, 21 et 28 juin 1978.

 

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