Sœur Marie Sainte-Hortense, une artiste visionnaire

L’artiste qui a illustré les premiers chants de la Bonne Chanson de l’abbé Charles-Émile Gadbois est une religieuse des Sœurs de la Présentation-de-Marie. Cette femme d’envergure, née Rose-de-Lima Desfossés, était à la fois artiste, enseignante et architecte. Cette visionnaire a participé à sa manière, au développement culturel et religieux de la ville de Saint-Hyacinthe.

 

La famille Desfossés

Née le 31 août 1892, fille d’Alexandre Desfossés, forgeron, et d’Aurore Boisvert, elle est baptisée le 2 septembre 1892 à l’église Saint-Pierre-Apôtre de l’Avenir, comté de Drummond. Ses parents s’étaient épousés le 3 octobre 1887, à la paroisse voisine de Saint-Fulgence de Durham-Sud. Rose-de-Lima est la troisième d’une famille de huit enfants : Joseph, 1889 ; Diana, 1890 ; Alexandre, 1894 ; Albert, 1895 ; Napoléon, 1897 qui deviendra un Frère du Sacré-Cœur ; Marie-Alma, 1899 ; Marie-Anne, 1901.

 

Rose-de-Lima

La jeune Rose-de-Lima étudie au couvent des Sœurs de la Présentation-de-Marie à Acton Vale, où elle aspire déjà à la vie religieuse. Entrée au noviciat des sœurs à St-Hyacinthe, elle fait sa profession religieuse le 15 août 1914. Désormais, elle portera le nom de sœur Marie Sainte-Hortense. La jeune religieuse, qui depuis sa jeunesse voue une dévotion particulière à la Sainte-Vierge, sera appelée à réaliser pleinement son talent d’artiste, démontrant ainsi que sa grande piété ne l’a pas empêchée de faire sortir en elle ses goûts et aptitudes artistiques et d’être une femme d’avant-garde. Cette passionnée, amante du dessin et de la peinture, prend beaucoup de photographies lui permettant ainsi d’enrichir son imaginaire et ses inspirations.

Maison mère des sœurs de la Présentation-de-Marie. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Fonds CH085 Studio B.J. Hébert, 193-

Elle enseigne le dessin aux couvents de Coaticook, Farnham, Saint-Césaire jusqu’en 1935, et de cette date jusqu’en 1950, au pensionnat de la maison-mère à Saint-Hyacinthe. C’est à ce dernier endroit que sœur Marie Sainte-Hortense donne « la mesure de son talent d’artiste. La salle de dessin était un atelier débordant d’activité tant par la tâche régulière à accomplir, que par les initiatives à seconder et des solliciteuses à contenter. Le tout s’exécutait avec une invariable bonne humeur ».

Soeur MarieSainte-Hortense, née Rose-de-Lima Desfossés. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Fonds CH001 Séminaire de Saint-Hyacinthe

Des études spécialisées en arts avec des cours privés sous la direction de religieuses de la Présentation de Marie et de professeurs laïcs, dont Osias Leduc, lui permettent, elle qui n’a pas suivi de cours spécialisés dans de grandes institutions, d’améliorer sa technique et de développer davantage « son génie inventif aux intuitions heureuses ». Les médiums utilisés par Rose-de-Lima sont l’huile sur toile, le fusain, l’aquarelle, la peinture sur porcelaine et le cuir ciselé.

 

La Bonne Chanson

L’abbé Charles-Émile Gadbois, prêtre au Séminaire de Saint-Hyacinthe, fonde la Bonne Chanson en 1937. Cet organisme diffuse des chansons françaises prônant les valeurs canadiennes-françaises et catholiques véhiculées à l’époque, c’est-à-dire, tout ce qui concerne la race, la famille, le travail, la campagne, la nature, le pays, l’histoire patriotique et la religion. Aux premières heures de la Bonne Chanson, le travail d’illustration des chansons publiées revient principalement à sœur Marie Sainte-Hortense. Elle répond aux commandes de l’abbé Gadbois, de son atelier au couvent de la Présentation-de-Marie, situé à proximité du Séminaire.

Même si Sœur Marie Sainte-Hortense signe près de 200 illustrations d’albums de chansons, de 1938 à 1942, les droits d’auteurs reviennent à l’abbé Gadbois : « Saint-Hyacinthe, 20 juin 1938. Nous soussignés certifions que monsieur l’abbé C. É. Gadbois, est le seul propriétaire des dessins qui ornent les chants de l’album intitulé la Bonne Chanson. Signé. Marie Sainte-Jeanne de Valois, supérieure provinciale, sœur Marie Sainte-Hortense, professeur de dessins ». C’est surtout au cours des cinq premières années de la Bonne Chanson, qu’elle orne la majorité des chants, de dessins reflétant les valeurs de son temps, où l’on retrouve très souvent des croix, des cloches, des oiseaux, des fleurs, des cours d’eau et des forêts.

 

L’artiste-architecte

En plus d’avoir réalisé l’emblème du Congrès eucharistique, tenu à Saint-Hyacinthe en 1944, à la maison-mère, sœur Marie Sainte-Hortense eut l’idée en 1946, d’élever un petit sanctuaire sur une colline. Maître d’œuvre du projet, en plus d’en être l’instigatrice elle en sera la conceptrice, l’architecte. Elle fait les plans, suit les travaux de construction, et organise des activités de financement auprès de la population. Finalement, le nouveau lieu de culte dédié à Notre-Dame-de-Fatima, est bénit le 13 juillet 1947, par Mgr Arthur Douville, évêque de Saint-Hyacinthe.

Intérieur de la chapelle Notre-Dame-de-Fatima, 1954. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Fonds CH116 Studio Lumière

L’exil

En 1950, cette religieuse entreprenante, populaire et d’avant-garde, doit quitter Saint-Hyacinthe pour l’Ouest canadien. Sœur Marie Sainte-Hortense, devait demeurer trois ans à Prince-Albert, Saskatchewan. Mais, isolée, devant accepter un genre de vie incompatible avec son tempérament et son talent d’artiste, sa santé décline. Elle est de retour à Saint-Hyacinthe afin d’être soignée à l’infirmerie de la communauté. Son exil est terminé mais la mort approche. Un cancer lui enlève la vie le 25 juin 1955, à l’âge de 63 ans. Elle est inhumée le 28 juin dans le cimetière de la communauté, à quelques pas du sanctuaire qu’elle a réalisé.

 

Sœur Marie Sainte-Hortense, née Rose-de-Lima Desfossés, laisse derrière elle de merveilleux dessins, qui rappellent une époque de l’histoire du Québec et de tout le Canada-français. Toutes ses réalisations, font que cette femme peut être considérée comme étant une grande artiste d’ici.

 

Ce texte a été produit d’après un article de Luc Codeau publié dans le journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 8 janvier 2003.

 

Pour en savoir plus :

Visionner la capsule vidéo sur Sœur Marie Sainte-Hortense produite dans le cadre du projet Le manifeste des oubliées. En ligne :https://youtu.be/Xw8xCGUJ6IA?si=LlIBlh6K0UD6S_JS

Fiche sur le Sanctuaire Notre-Dame-de-Fatima dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec. En ligne : www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/detail.do?methode=consulter&id=115752&type=bien

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