Fille de Rémi Daigle, maître-boucher, et d’Adéline Bonin, Jeanne Daigle est née à Saint-Hyacinthe le 19 décembre 1909 dans une famille qui comptera 8 enfants qui atteindront l’âge adulte et 12 enfants décédés en bas âge. Elle fait ses études auprès des Sœurs de Saint-Joseph et des Sœurs de la Présentation de Marie, où elle obtient son diplôme supérieur d’enseignement en 1925. Par la suite, elle suit des cours par correspondance à l’Université d’Ottawa en sciences et en littérature, en plus d’obtenir un lauréat en musique (piano, violon et orgue) au Dominion College of Music. Elle étudia aussi l’art dramatique et la diction auprès de Jeanne Maubourg.
Impliquée auprès des jeunes
Vers 1940, elle fonde une école privée du nom d’ « École Daigle », et elle y enseigne jusqu’en 1965. Une ancienne élève raconte :
« Elle nous préparait avec enthousiasme, énergie et fermeté aux examens du Département de l’Instruction Publique. (…) Elle nous a transmis ce goût qu’elle avait d’une langue française bien écrite, en nous faisant jongler avec les déclinaisons de verbes, les participes passés, l’orthographe d’usage et la recherche d’une phrase bien construite. Une faute d’orthographe était un crime impardonnable. » Hélène Solis-Poirier Nichols, « Hommage posthume pour Jeanne Daigle », Le Courrier de St-Hyacinthe, 8 août 1990, p. 10

C’est durant cette période de sa vie qu’elle fonde la troupe de théâtre pour enfants les Aiglons de Maska en 1954. La première pièce, Un Noël à la Canadienne, fut présentée au Centre Notre-Dame en décembre 1954. Il s’agit d’une pièce composée par Jeanne Daigle qui rend hommage à Marguerite Bourgeois. Elle écrira aussi des articles sur cette pionnière dont elle admire le courage et la détermination.

En plus de performer sur scène à l’occasion de la fête des mères, plusieurs jeunes comédiens et comédiennes se sont fait entendre sur les ondes radiophoniques de CKBS et de Radio-Canada. Parmi ses « Aiglons », mentionnons : Roland Laroche (Cousin Roland), Jacques Breton, Monique Breton, Marie-Josée Riendreau-Scott, Ginette Bouchard, André Bouchard, Jacques Leblanc, Serge Locas, Nicole Bérard, Jeannine Laroche, Louise Langelier, Nicolas St-Jacques, Marie-Andrée Lamothe, Gabrielle Lamothe, Gilles Gaucher, Monique Gaucher, Henriette Laroche, Gabrielle Lamothe, Yves Dion, Ginette Benoit, Louise Tarte, Lise Gaucher et Danielle St-Georges.
Jeanne Daigle est aussi responsable de la bibliothèque de la paroisse Notre-Dame de Saint-Hyacinthe, située au Centre Notre-Dame. Elle croit beaucoup en l’importance de la littératie chez les jeunes. Bien qu’elle diffuse ses œuvres à la radio, elle prône la lecture pour éduquer et stimuler la curiosité chez la jeunesse. Pour les plus jeunes, elle conseille des livres de contes et pour les plus grands, des récits historiques, de voyages et des biographies de personnes inspirantes. Elle déplore que le Québec soit la province qui possède le moins de bibliothèques.
Entre 1965 et 1977, elle se tourne vers l’enseignement du français à l’Institut de technologie agricole et alimentaire de Saint-Hyacinthe, où elle termine sa carrière d’enseignante.
Écrivaine et journaliste
Surnommée la comtesse de Ségur canadienne par Monseigneur Choquette, Jeanne Daigle cumule une quantité impressionnante d’écrits : articles, poèmes, contes, pièces de théâtre, etc. Un bon nombre de textes sont destinés à la radio, entre autres pour des émissions jeunesses diffusées à CKAC, CKBS et même à Radio-Canada où une quarantaine de ses histoires sur la thématique des sciences naturelles ont été diffusées entre 1945 et 1948 via Radio-Collège. En 1949, la compagnie RCA Victor endisque quatre contes de Jeanne Daigle : Le petit cheval gris, Le ver de terre comédien, Puce, ou le grand voyage d’une petite graine, Patte noire, le moutonnet blanc. On y entend la voix de Jeanne Maubourg et la musique interprétée par Germaine Daigle, la sœur de Jeanne.

En 1959, Jeanne fonde les Éditions D’Aigle, devenant ainsi la première femme éditrice au Canada. Elle y publie une douzaine de volumes destinés aux jeunes : Tourlour, histoire d’un gros ours brun, 1941, 47 p., Les contes de Maska, 1942, 130 p., Caquets Champêtres, 1946, 136 p., Un Noël à la Canadienne (pièce de théâtre jeunesse), 1952, 24 p., Quand les animaux parlent, 1955, 136 p., Grind’or, 1959, 51 p., Les Noël des fleurs. Mystère de Noël en trois actes, Coll. Petites pièces D’Aigle, 1962, 58 p., La couleur pauvre, 1963, 50 p., L’étoile du sourire. Pièce de Noël en 1 acte, Coll. Petites pièces D’Aigle, 1963, 50 p., Les aiglons m’ont dit, 1964, 96 p., Trois Noëls, 1964, 64 p., Elle publie également en anglais : The stories of Maska, Saint-Hyacinthe, Éditions Yamaska, 1945.
Ses contes abordent plusieurs sujets qui lui tiennent à cœur. Notamment, elle s’intéresse aux enfants doués. Dans un article qu’elle a publié dans la Revue des parents, elle incite les parents à encourager les dons des enfants en stimulant leur curiosité et en les inscrivant à des cours pour les amener à se surpasser. Fascinée par l’histoire du jeune pianiste André Mathieu, elle s’inspire de son histoire pour le conte intitulé . Ses contes abordent aussi des thématiques en lien avec l’histoire du Québec et de la région maskoutaine. Par exemple, Les souris de l’orgue enchanté aborde l’histoire de Casavant Frères et de Calixa Lavallée et la Fée-botte, l’histoire de la maison Côté. Elle puise aussi son inspiration dans la Bible, la nature et dans les légendes canadiennes-françaises, en mettant en scène le diable et des personnages du folklore.
En tant que journaliste, elle écrit pour l’Action Catholique, Paysana, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, La Voix de l’Est, La Revue dominicaine, Le Foyer Rural, Le Rosaire, Le Canada Français, La Petite Feuille, La Tribune de Sherbrooke, Hérauts, La Province, La Survivance, Le Courrier de l’éducation et du progrès (journal haïtien), La Terre de Chez Nous, Le Phare et bien d’autres. Dans ses chroniques, elle partage ses opinions sur l’enseignement et aussi son enthousiasme relativement aux avancées des droits des femmes. On peut également la lire dans le journal Le Clairon de Saint-Hyacinthe, dans lequel elle a la charge de la page féminine et de la rubrique « Le courrier de Jeanne », dans laquelle ses lecteurs et lectrices s’adressent à elle. Par les conseils qu’elle écrit, on comprend qu’elle croit en les capacités des êtres humains et qu’elle a aussi beaucoup de respect envers l’Église catholique.
Très impliquée dans le milieu culturel, Jeanne Daigle fréquente plusieurs associations littéraires et journalistiques dont la Société des écrivains canadiens, la Société des poètes canadiens-français, la Société des écrivains pour la jeunesse, l’Association des auteurs dramatiques, les Jeunesses musicales du Canada, l’Académie des poètes classiques de France qu’elle rejoint en 1954, ainsi que plusieurs sociétés d’histoire. Elle participe aussi à la fondation du Cercle des femmes journalistes. De plus, elle est bénévole pour la Croix-Rouge et l’Oeuvre des Orphelins. La fin de sa vie est consacrée à la rédaction de l’histoire de Casavant Frères, publiée en 1990.

Elle décède le 16 mai 1990 dans sa résidence située sur la rue Bourdages Nord à Saint-Hyacinthe. Elle y avait vécu une bonne partie de sa vie en compagnie de ses quatre sœurs.

Distinctions
De son vivant, Jeanne Daigle a reçu plusieurs distinctions. En 1938, elle a reçu le lauréat de la classe 228 du Festival-concours de musique de Québec, ainsi que le lauréat du concours littéraire-sonnet, en 1952, une mention honorable (section magazine) du Canadian Women’s Press Club et, en 1956, le prix de journalisme Laure Hurteau pour la meilleure page féminine. En 1967, à l’initiative du Club de Presse de Saint-Hyacinthe, Jeanne Daigle est honorée par la Ville de Saint-Hyacinthe en tant que personnalité de l’année dans le domaine Arts et Lettres.
En 2001, la Ville de Saint-Hyacinthe nomme le parc Jeanne-Daigle en son honneur. Cet emplacement de verdure est situé à l’angle des rues Girouard Est et Pratte. Plus tard, en 2010, une avenue est également nommée en son honneur.
Sources :
Dossier de recherche de Martin Ostiguy pour le projet Apéro culture
Fonds CH097 Jeanne Daigle conservé au Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe
SOEUR MARIE AIMÉE-DES-ANGES, p.m. Bibliographie de l’oeuvre de Jeanne D’Aigle (Daigle). Saint-Hyacinthe, 1961.
Commission de toponymie. https://toponymie.gouv.qc.ca/ct/ToposWeb/Fiche.aspx?no_seq=410162 (page consulté le 19 août 2026)
Hélène Solis-Poirier Nichols, « Hommage posthume pour Jeanne Daigle », Le Courrier de St-Hyacinthe, 8 août 1990, p. 10
« Funéraille de M. R. Daigle », Le Courrier de St-Hyacinthe, 5 mars 1937, p. 1
Recherches d’Isabelle Martin, Service de généalogie du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, dans la base de données BMS2000.
Photos de la page couverture :
- Page couverture d’un livre de Jeanne Daigle. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Fonds CH548 Raymond Bélanger, photographe
- Jeanne Daigle, 1990. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Fonds CH097 Jeanne Daigle