L'inondation du centre-ville, 1927

inondation 1927Bien que les inondations à Saint-Hyacinthe surviennent souvent au printemps, celle qui a le plus marqué l’imaginaire maskoutain survient plutôt à l’automne. C’est jeudi matin le 3 novembre 1927 que la pluie commence à s’abattre sur la région. En moins de 24 h, la rivière sort de son lit et déborde sur les premières rues sises le long du cours d’eau. Rapidement, la situation dégénère alors que l’eau atteint le deuxième étage de certaines maisons des rues Brodeur et Robert. De l’autre côté de la Yamaska, la circulation est coupée entre les villages de Saint-Joseph et de La Providence, puisque la route qui les relie est envahie d’eau.

Des centaines de familles fuient leur foyer et se réfugient dans les hôtels ou chez des amis, d’autres sont hébergées au manège militaire. Bien qu’aucune mort ne soit rapportée, plusieurs personnes se retrouvent sans nourriture ni vêtement, certains même sans logement. L’édition du Clairon de la semaine suivante recense les dégâts et calcule qu’environ 250 familles sont touchées. La plupart des dommages sont associés à la présence d’eau dans la cave et concernent l’ameublement, les vêtements et les provisions alimentaires. Évidemment, plus on se rapproche de la rivière, plus les dommages sont importants. Pour monsieur O. Foucault qui habite sur la rive au bout de la rue Saint-Simon, ce sont deux garages et son bois de chauffage qui sont emportés par le courant, en plus de plusieurs dégâts dans la maison et à l’ameublement.

Outre quelques résidences, plusieurs usines établies en bordure de la rivière sont frappées, comme la Penman’s, la fonderie Dussault et Lamoureux, la manufacture de chaussures J.A. & M. Côté et la manufacture de portes et fenêtres L.-P. Morin. Cette dernière perd une quantité considérable de bois de service pendant l’inondation. Une rubrique intitulée « Bois réclamé » leur est même réservée dans les éditions du Courrier et du Clairon de la semaine suivante : « Les personnes qui, le long de la rivière Yamaska, auraient pu arrêter au passage des planches ou pièces de bois quelconques, sont priées d’en aviser immédiatement MM. Morin. Un représentant de la maison leur sera envoyé, qui identifiera le bois, et tous et chacun seront indemnisés pour les services rendus».

Le samedi 5 novembre, l’eau commence à se retirer du centre-ville laissant sur son passage beaucoup d’eau dans les caves, une épaisse couche de limon vaseux dans les rues, ainsi que plusieurs débris apportés avec le courant. Selon des Maskoutains de longue date interviewés par le Courrier, il s’agit de la plus importante inondation qu’ils ont connue de leur vivant.

Légendes des photographies

1- La rue des Cascades complètement inondée dans la partie près du pont de la Société (aujourd’hui T.-D. Bouchard), CH393.

2- L’eau qui envahit l’avenue de la Concorde. On aperçoit l’église Christ-Roi en construction, CH478.

Auteur: Vincent Bernard, historien-archiviste