Souvenirs du Patro

Pour une chronique à la radio de CKBS, J.-Narcisse Cyr a livré ses souvenirs concernant le Patronage de Saint-Vincent-de-Paul. Voici quelques extraits choisis :

L’œuvre du Patronage de Saint-Vincent-de-Paul consistait à grouper les jeunes garçons de sept ans et plus, la plupart désœuvrés après les heures de classe ou durant les vacances d’été, et à poursuivre leur formation humaine et chrétienne tout en permettant de meubler leurs loisirs. À cette époque, il n’était pas question de terrains de jeux, car il n’y en avait aucun sur  le territoire de la municipalité. C’était nouveau, c’était beau ; les membres ne manquèrent pas, attirés par toutes sortes de choses, dont la curiosité. Cependant, plusieurs manquèrent de persévérance, tant et si bien qu’assez rapidement, une certaine sélection naturelle se produisit : un noyau se forma, regroupant plusieurs de ceux qui, par la suite, devinrent l’élite de la jeunesse maskoutaine.

De ces souvenirs, je veux souligner ceux qui me concernent plus spécialement : j’avais quatre fils en bas âge et l’aîné entra au Patro en 1935, alors qu’il n’était âgé que de six ans. Pour la modique somme de 0,25 $ par mois, durant les vacances d’été, il trouvait au Patro, de 7 h 30 du matin à 5 heures de l’après-midi, suffisamment de quoi s’occuper et se distraire pendant que nous, ses parents, pouvions être tranquilles sur son sort, il était entre bonnes mains. Durant l’année scolaire, il en coûtait 10 sous par mois et les samedis et dimanches se passaient au Patro.

Par la suite, les trois autres emboîtèrent le pas de leur aîné dès qu’ils furent en âge de fréquenter le Patro. Si aujourd’hui, je peux à tous les titres être fier de mes enfants, je sais qu’une grande partie en revient à ceux qui travaillèrent au Patro car ils reçurent là un complément de formation qui leur fut plus qu’utile dans leur vie. Je me rappelle que durant mes moments libres, je leur faisais une visite-surprise et aussitôt, ils s’empressaient de me faire visiter les lieux : chapelle, bibliothèque, salles de récréation et dortoirs, car il y avait aussi des pensionnaires, à 5 $ par semaine.

Il faudrait aussi rappeler toutes les installations qui avaient été construites pour occuper et former la jeunesse : piscine (1930), terrains de balle, tennis, croquet et musique. Comme nous étions fiers de voir déambuler dans les rues de la ville notre fameuse fanfare du Patro, nos gymnastes, avec les démonstrations de leur savoir-faire données par nos jeunes. Nous étions fiers de nos petits gars du Patro et ceux qui en furent témoins n’ont certes pas oublié ce temps.

Penser qu’une œuvre de la sorte fut souvent méconnue est purement incroyable chez nous. On fit tellement de misères à nos pauvres frères et pères Saint-Vincent qu’ils durent abandonner, et j’imagine aisément avec quelle tristesse pour eux.

Autobus devant le Patro
Le Club des Francs remet un chèque devant le camion du Patronage Saint-Vincent-de-Paul dans les années 1950. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Fonds Ch548 Raymond Bélanger photographe

La camionnette du Patro possède d’ailleurs son histoire elle aussi : c’est grâce aux timbres d’épicerie Gold Star qu’il fut possible d’acheter cette camionnette. Les ménagères se souviennent certainement de l’époque où les enfants collectionnaient ces timbres pour le Patro. Cette manifestation de solidarité a été souvent effacée par bien d’autres difficultés auxquelles la communauté dut faire face : par exemple, il ne fut jamais question d’accorder d’exemption de taxes sur les établissements du Patro et pourtant, il n’y avait rien de lucratif, et les bâtiments étaient essentiels pour l’œuvre poursuivie. En même temps, la ville commençait à mettre sur pied des terrains de jeux qui contribuaient en un certain sens à diminuer la clientèle du Patro, même si l’assiduité fut remarquable durant cette période.

Patro
Peinture du Patronage Saint-Vincent-de-Paul vers 1908, Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Fonds CH621 Collection du Patronage Saint-Vincent-de-Paul

Le Patronage : un de nos beaux sites, sur la rue Girouard

Sa maison première, reconnaissable dans l’encadrement d’additions à droite et à gauche, fut habitée et bâtie par notre deuxième maire, l’honorable juge Laframboise. Le juge L.-V. Sicotte y résida aussi quelques années, avant 1870. Ceux d’entre nous qui dépassent la cinquantaine y virent après 1876, une profusion de fleurs, de haies taillées, d’arbustes à floraisons successives, tout un enchantement visuel que des chevreuils captifs animaient avec grâce et beauté. M. Jérémie Daignault, marchand d’écorce de pruche, régnait en seigneur sur ces richesses qui, à la surprise de tout le monde, souffrirent la liquidation judiciaire en octobre 1883. Peu après, un industriel vint du dehors, avec des promesses prodigieuses, et donna un regain de vie à la propriété. Mais la solitude s’y installa et régna jusqu’au jour, en 1905, où un groupe d’enfants, sous la conduite des Pères et des Frères de Saint-Vincent-de-Paul, en prirent possession définitive.

La vie revint aussitôt. La maison des anciens propriétaires fut agrandie, mais les beautés que nous avions admirées restaient effacées. Arbres, arbustes, haies, fleurs, gazon étaient brisés, flétris. Et les choses allèrent ainsi jusqu’en 1927. En cette année, une corne d’abondance se déversa sur le Patronage. Des lampadaires, des sentiers nouveaux, de nouvelles terrasses, avec contrebas gazonnant merveilleusement, et nombre d’autres améliorations…

Extraits d’un article paru dans Le Courrier de St-Hyacinthe, 11 octobre 1972, p. 10.

 

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